f6k ~ log

(35). — Pour mémoire, voici quelques petites notes quand on cherche à travailler avec du pdf sous GNU/Linux. C’est le format qui est utilisé à la fois pour recevoir des documents mais aussi pour en envoyer notamment dans le cadre des candidatures en Master ; il faut donc s’y plier. Heureusement, un bon nombre d’outils est disponible pour les gérer.

pdfimages ne servant à extraire que les véritables images des documents et non le texte, pour exporter des pages d’un fichier pdf en images, le plus simple (et ce qui a donné les meilleurs résultats pour moi) reste de passer par pdftoppm en lui spécifiant une résolution de 300 DPI :

pdftoppm -r 300 fichier2pages.pdf fichier2pages.ppm

Ensuite il est nécessaire de convertir ce fichier dans un format approprié grâce aux outils proposés par imagemagick. À noter que si plusieurs pages forment le document, convert générera de lui-même plusieurs images (une par page) :

convert fichier2pages.ppm fichier.png

De la même manière, pour créer un fichier pdf à partir de plusieurs images ou de plusieurs autres pdf (voir les deux), l’on peut utiliser le même outil en spécificiant dans l’ordre des pages les fichiers que l’on veut intégrer :

convert fichier1.png fichier2.pdf fichier3.jpg resultat.pdf

Certains documents pdf fournis ont des champs à remplir. Si ces champs sont libres, il est possible d’ouvrir le document avec Gimp et de l’éditer à la main grâce aux outils appropriés. Il est à noter que Gimp ne sauvegarde pas au format pdf ; il faudra donc exporter le résultat en image pour le convertir ensuite en pdf grâce à imagemagick. J’ai cru lire qu’il était aussi possible de réaliser cette opération avec LibreOffice Draw pourvu que l’on ait installé le paquet libreoffice-pdfimport, mais je n’ai pas testé cette solution. Dans le cas où ces champs ne seraient pas libres (comme certains formulaires avec certains réponses types à choisir), je n’ai pas encore trouvé d’autres méthodes que d’ouvrir et d’éditer les documents avec Adobe Acrobat pour GNU/Linux, et de sauver ensuite le résultat.

Perdu en ce moment dans mes dossiers de candidature pour le Master 1, j’ai finalement peu de temps pour penser à mon futur retour qui se rapproche à très grands pas. Il me faudra pourtant trouver le temps cette fin de semaine de m’y atteler.

(34). — Je souhaite faire un petit retour sur la discussion d’hier (5.33) que j’ai eu à propos du fait de pouvoir, ou non, publier pour le Summer Star Wars des chroniques de livres lus en dehors de l’été. J’avais posé la question à Lhisbei avant de me rendre compte que mes lectures avaient été effectuées il y a plusieurs mois ; je ne pensais donc pas pouvoir chroniquer ces lectures pour le défi. Seulement Lhisbei m’a répond aujourd’hui qu’il était en réalité parfaitement possible de le faire ; la règle étant simplement que les critiques doivent être publiées durant la période estivale, peu importe quand les livres ont été effectivement lus. C’est une bonne nouvelle puisque je vais donc avoir quatre chroniques à faire en plus pour le challenge, notamment sur un livre que j’ai adoré.

(33). — En prévision du challenge Summer Star Wars de cet été, je suis en train de mettre à jour ma liste de livres à lire qui comprend présentement 91 ouvrages. Je vais me servir de ce journal pour faire une sorte de suivi de cette pile à lire (PàL) parce que ma gestion, jusqu’à présent, est un peu chaotique. Surtout cela va me permettre aussi de dégager de celle-ci ce que j’ai en stock pour le challenge. Je vais présenter cette liste par genre.

Biographie et autobiographie :

Classique :

Fantasy et Fantastique :

Histoire et Historique :

Philosophie :

Sciences :

Social et société :

Science-fiction :

Il est évident que cette liste est imposante — même si je suis loin des 302 ouvrages en PàL de Lhisbei — alors même qu’elle ne contient pas un certain nombre de livres que j’aimerais lire mais que je n’ai pas (encore). Il faudra que je songe tout de même à suivre les bons conseils de Tigger Lilly sur comment et pourquoi tuer sa pile à lire même si je suis dans un cas un peu différent du sien puisque ma bibliothèque est en très grande partie dématérialisée.

Comme on le remarque sans peine, cette PàL est très fortement orientée science-fiction et il y a bon nombre de romans sur le thème du space opera et du planet opera. Je ne suis pas certain d’avoir le courage de m’attaquer cet été au cycle des cantos d’Hypérion de Dan Simmons même si j’en ai lu énormément de bien sur différents blogs. Par contre je vais peut-être essayer de me plonger dans la trilogie martienne de Kim Robinson, dans le cycle d’Omale de Laurent Genefort ainsi que dans la série The Expanse de James S.A. Corey — dont il faut d’ailleurs que je me procure le dernier volume à peine sortie en français. Il y a quelques autres titres qui m’attirent pour le challenge, à savoir Dans la toile du temps d’Adrian Tchaikovski ou encore Le Grand Vaisseau de Robert Reed. Je vais penser aussi au Moineau de Dieu de Mary Russel que j’ai remporté lors du premier concours Summer Star Wars de l’an dernier mais j’ai eu assez peu de bons retours jusqu’à présent. Idem pour La sirène de l’espace de Michel Pagel que j’ai remporté il y a deux ou trois ans. Je verrai.

Il est à noter que certains des livres de cette PàL sont en cours de lecture, à savoir :

Le Stalker des frères Strougatski est mis en pause jusqu’à nouvel ordre ; ce n’est pas ce que j’ai envie de lire en ce moment. Je pense que je vais laisser tomber le Hawking étant donné que je suis pratiquement arrivé à la moitié du bouquin mais que je ne comprends qu’un paragraphe sur deux (voir trois). Je me suis essouflé sur La Horde du Contrevent. C’est pourtant un livre que j’adore ; le bon point est qu’il est pratiquement terminé. Enfin Darwinia est une lecture agréable, sorte d’uchronie d’un genre particulier, dont je ferai un retour dès que je l’aurai fini.

Pour terminer, j’ai eu quatre sorties de PàL non encore chroniquées à savoir Des milliards de tapis de cheveux d’Andreas Eschbach (véritable coup de cœur), Phare 23 de Hugh Howey (5.4), Le monde inverti de Christopher Priest, et les deux tomes de Dominium Mundi par François Baranger (dont j’ai eu beaucoup de mal à terminer le second volume) (5.3). Initialement je pensais les chroniquer pour Futurs Présents. L’idée de publier dans ce webzine me trotte dans la tête depuis plus de six mois mais je ne me suis toujours pas bouger pour le concrétiser alors même que j’ai eu un accueil positif de Xapur. Il faut dire que j’ai eu beaucoup de mal à lire ces derniers mois et que je n’ai rien écrit sinon quelques entrées dans ce journal. Le fait est que trois de ces romans pourraient rentrer dans le cadre du challenge du SSW ; mais il faut que je demande à Lhisbei s’il est possible de publier des chroniques durant le défi sur des livres lus en dehors de l’été — ce qui serait quand même étonnant à mon avis. Aussi, si mes suppositions sont bonnes, je proposerai ces chroniques à Xapur ; dans le cas contraire je les mettrai au compteur du challenge.

Un peu plus tard. — Je rajoute une petite correction au paragraphe précédent. Je crois que j’ai quelques soucis avec ma propre ligne du temps — ce qui à de très nombreux égards pourraient être vu comme inquiétant. Ces romans ont en fait été lus il y a trop longtemps pour que je puisse même penser à les intégrer au défi de cet été — heureusement que j’en ai pris des notes avec la date dans ce journal pour m’en souvenir. Je vais donc rester sur mon idée première ; réouvrir ces livres pour me rafraîchir la mémoire, les chroniquer et les proposer pour publication. Oui, je note cela ici, comme une sorte d’engagement et de promesse vis-à-vis de moi-même. Et puis cela me fera un bon exercice pour les chroniques de cet été, non ?

(32). — Je n’aurais finalement pas attendu un quelconque dimanche d’ennui estival, comme je le disais il y a deux jours, pour déménager cet espace en raison du rachat de GitHub par Microsoft. L’idéal, évidemment, serait que je m’héberge moi-même mais, et je crois l’avoir déjà dit dans ces pages, je n’ai pas de maison fixe ce qui me rend la chose impossible pour le moment. Dès lors j’ai cherché un nouvel endroit ; mais il me fallait éviter les erreurs d’antan. Je suis arrivé sur GitHub par facilité, je l’avoue, et par attrait pour ce réseau social d’un genre un peu particulier. Mais c’est une entreprise commerciale, avec un code en bonne partie fermé, et la direction qu’elle a prise ces derniers jours ne me convient vraiment pas — il n’était pas envisageable donc de migrer comme tant d’autres vers le site mère de GitLab. On ne peut pas en vouloir à defunkt d’avoir vendu ; le but ultime d’une entreprise est la recherche du profit, et je ne suis pas certain que j’aurai moi-même refusé les conteneurs de gros billets verts qu’il va récupérer dans cette transaction. Je savais de toute façon que je finirai, un jour ou l’autre, par devoir partir. Je ne regrette cependant pas les quatre années passées ici. GitHub a vraiment été pour moi un outil simple à utiliser et est facile d’accès pour qui y porte un peu d’intérêt — je parle surtout en tant que néophyte. Et, surtout, étant donné que tout le monde (ou presque) est sur GitHub, l’on trouve vraiment énormément de projets sympas et utiles. Il faut espérer que Microsoft ne gâche pas tout, même s’ils sont nombreux à douter et à rappeler le leïtmotiv de Microsoft, embrace, extend, and extinguish. Au pire, autre chose renaîtra, ailleurs, autrement.

Initialement j’avais dans l’idée de me déplacer sur SDF mais pour pouvoir bénéficier d’un accès à un espace web il me faut encore payer l’adhésion ARPA à 36 dollars — somme que je n’ai pas pour le moment. J’aurais pu, et j’y ai pensé, me contenter de l’espace gopher fourni là-bas mais j’ai besoin que ce site soit disponible sur http. J’aime assez la simplicité que me permet GitHub et la gestion du site avec git. C’est donc assez naturellement que je me suis dirigé vers Framasoft qui dispose d’une instance GitLab sur Framagit. Ils y font tourner la GitLab Community Edition dont les sources sont complètement ouvertes et qui dipose, depuis quelques mois, d’un système de publication de pages web similaire à GitHub Pages, à savoir GitLab Pages. On le comprend assez vite, Framagit c’est du GitHub mais en version libre et ouvert, et géré par une association française. Celle-ci vit grâce aux dons de la communauté, il est donc assez difficile de savoir si elle durera dans le temps mais au moins je sais qu’elle ne prendra pas une direction qui ne me convient pas. La migration de mes dépôts a été enfantine, et a été faite littérallement en quelques clics — on sent le gros travail d’intégration fait par les équipes de GitLab pour rendre le tout attractif. Pour le site en particulier j’ai dû cependant m’adapter un peu à la façon de faire de GitLab Pages et créer un fichier Gemfile afin d’indiquer la dépendance nécessaire à la génération d’un sitemap, ainsi qu’un fichier .gitlab-ci.yml expliquant au moteur comment et avec quoi gérer mon site — dans le cas présent il s’agit de Jekyll mais GitLab prend en compte un nombre assez impressionnant de générateurs de sites statiques.

Ce site a donc officiellement déménagé sur http://f6k.frama.io.

Comme dit par ailleurs, la version du site sur http://f6k.github.io restera figée après la publication de cette entrée dans mon journal, et restera accessible aussi longtemps que les serveurs qui l’hébergent le permettront afin de ne pas briser les liens qui ont pu y être fait ces quatre dernières années.

(31). — Dans deux semaines je reprendrai l’avion pour la France ce qui clôturera ma petite aventure de six mois au Mexique. Ce départ est, pour moi, comme un retour à zéro, ou presque. N’ayant pour tout bien qu’un simple sac à dos et son contenu, il va me falloir trouver un appartement dans une nouvelle ville, tenter de m’inscrire à l’université — si l’on veut bien de moi, ce qui n’est pas gagné —, me mettre à jour au niveau de l’administration française, et entre autres choses importantes me trouver aussi un travail. Je vais avoir un peu plus de deux mois pour réaliser tout cela ; ma date limite étant, disons, le 1er septembre. Posé ainsi noir sur blanc, cela paraît faisable. On verra comment va se passer la confrontation à la réalité.

Dans un autre genre, je pense aussi depuis quelques semaines à déménager mon espace virtuel. Je ne sais pas si je vais réellement le faire mais la nouvelle du rachat de Github par Microsoft ne me rassure pas vraiment. Ceci dit, et comme l’explique clairement defunkt, il va falloir encore quelques mois pour que la fusion soit complètement effective ce qui me laisse du temps pour prendre mes dispositions le cas échéant. Je laisserai donc probablement passer le Summer Star Wars de cet été auquel je me suis inscrit avant de faire quoique ce soit — cela à moins que je décide de tout bouger par un dimanche d’ennui estival.

En attendant tout cela, et ces nouveaux départs, je vais essayer de profiter de mes derniers instants au Mexique. Il n’est pas nécessaire que j’explique à quel point je n’ai pas envie de partir mais il faut avancer, et j’espère de tout cœur pouvoir trouver une place en Master et finalement terminer mon cursus.

(30). — Lorsque j’avais treize ans, mon père nous a ramené à la maison un PC Intel 80486. Il l’avait racheté à un ami médecin passionné d’informatique. Déjà à l’époque c’était une machine un peu dépassée mais pour moi c’était le Graal. J’étais au collège et je m’abreuvais le samedi soir des épisodes d’X-Files ; j’étais fasciné lorsque je voyais notamment l’équipe des Lone Gunmen penchée sur des écrans à fond bleu ou noir et y rentrer des formules cryptiques. Et là, enfin, j’avais une de ces merveilles au bout de mes doigts. Au départ l’ordinateur était dans une pièce accessible à toute la famille mais, suite à un déménagement, et rentrant au lycée, je me suis débrouillé pour qu’il termine à bonne place à la table de mon bureau, dans ma chambre. J’avais envié durant de nombreuses années mes camarades qui avaient une console dans leur chambre ; maintenant j’avais mieux, un ordinateur pour moi tout seul. Je ne peux compter le nombre de nuit que j’ai passé dessus à bidouiller et à jouer à Doom, sous la lumière tamisée de ma lampe de bureau tandis que passaient sur ma chaîne stéréo les derniers morceaux de fusion en vogue à la radio. Cependant cet ordinateur n’a jamais été relié au Réseau ; je n’ai jamais réussi à convaincre mes parents de prendre un abonnement internet. C’était moi et mon ordinateur, coupé du monde. Le lycée terminé, j’ai laissé ma chambre et mon 486 derrière moi pour rentrer à l’université. C’était en 2001. C’est là que j’ai vraiment découvert internet. Depuis les différentes salles informatiques je pouvais y avoir accès aussi longtemps que les heures d’ouvertures me le permettaient. J’y ai passé des jours entiers. Puis j’ai eu un bon ami qui avait un accès à internet chez lui en ADSL 128k. J’ai donc fini par passer des jours (et des nuits) chez lui. Il est arrivé un moment où je me suis intéressé à ce que mon ordinateur et moi avions manqué durant les années 1990 ; les sites geocities, les serveurs partagés accessibles par telnet, les serveurs ftp, les BBS, l’ascii art, la demo scene, etc. Et j’ai commencé à être nostalgique. Nostalgique de toutes ces choses que j’avais entraperçu dans X-Files mais qui, faute d’un accès à internet à l’époque, m’avait été impossible d’approcher.

C’est ce qui explique je pense mon attrait aujourd’hui pour les machines de cette période et mon goût prononcé pour les interfaces en ligne de commande. J’ai pu retrouver des communautés qui ne fonctionnent encore que par ligne de commande — je pense notamment à SDF. Mais il faut généralement payer ou envoyer une somme symbolique pour avoir un accès décent. Et puis il y a quatre jours j’ai lu cet article. Je me suis inscrit et me voilà maintenant avec un compte sur tilde.town. C’est une communauté numérique regroupée sur une même machine partagée accessible via ssh dans le but de faire de l’art, d’apprendre, de jouer et, bien sûr, de créer du lien social. J’ai l’impression d’avoir trouvé une nouvelle maison. Je ne sais pas où est mon vieux PC 486 maintenant mais, si je ferme les yeux et si je me concentre assez fort, je peux me voir l’utiliser, y entrer des commandes magiques, me connecter sur ce serveur et vivre toutes ces choses qui m’ont fait rêver durant des années.

(29). — Cuernavaca, Morelos. — J’ai finalement passé trois jours à Zihuatanejo, petite ville aux allures de village. C’est, m’a-t-on expliqué plus tard, ce à quoi ressemblait Acapulco il y a bien des années ; des gens agréables vivant paisiblement sur les bords du pacifique où la vie s’écoule tranquillement. Je suis aussi allé faire un tour à Ixtapan à quelques kilomètres au nord mais cela ressemble trop à la zone hotellière de Cancún ; je n’ai pas trop apprécié cet endroit créé de toute pièce pour les touristes — en plus du fait que j’y étais à la basse saison. Après le calme de Zihuatanejo, je suis revenu à Acapulco où j’ai passé le plus clair de mon temps dans le quartier de Colosio. Quelques jours encore et je reprenais le bus vers Cuernavaca où je suis depuis un peu plus d’une semaine.

(28). — Ciudad de México. — Voilà longtemps que je n’ai pas enrichi ce journal ; près d’un mois et demi. Pourtant pas mal de choses se sont passées. Si je ne devais en retenir qu’une ce serait évidemment les six jours que j’ai passé à Río de Janeiro durant la semana santa. Ce fut vraiment un voyage riche dont je garde un excellent souvenir. J’ai eu l’occasion de jouer au touriste en visitant les points les plus importants — comme le Christ Rédempteur bien sûr ou le fameux Pão de Açúcar —, de profiter des plages de Copacabana et d’Ipanema, de manger et boire local et de vivre un peu la vie nocturne à Lapa. J’y ai réellement passé de très bons moments, cela sans parler de la gentillesse des habitants de la ville. La seule chose est que le voyage est long ; environ un jour et demi pour y arriver en passant par le Salvador et la Colombie. En tant qu’européen, on a tendance à oublier la taille magistrale de ce continent et les distances qu’il faut parcourir pour arriver à destination.

C’est d’ailleurs une question qui m’occupe aujourd’hui. J’ai quelques jours devant moi et j’ai décidé de voir un peu du pays. J’ai rendez-vous à Acapulco vendredi, ce qui me laisse cinq jours en tout. Je pensais visiter le nord mais vu la distance et le temps en bus qu’il faut pour y arriver je revois mes motivations à la baisse. Je souhaite passer par la ville de Zihuatanejo sur la côte pacifique au nord de l’État de Guerrero. D’ici il faut un peu moins de dix heures de route. Mais je suis en train de me dire que je pourrais peut-être passer par Guadalajara, plus au nord dans les terres, voir de faire une halte par Santiago de Querétaro. C’est à peu près le même temps de voyage entre chaque point, aussi je songe à voyager de nuit, dormir dans le bus et économiser ainsi l’hôtel. Je pourrais comme cela passer un jour dans chaque ville avant d’arriver à Acapulco. Seulement je me demande s’il est vraiment intéressant de visiter ces deux villes ou bien si je ferais mieux de ralier directement le pacifique. J’ai jusqu’à ce soir pour y réfléchir et trancher la question.

Dans la nuit. — J’ai embarqué à bord d’un bus très confortable de la compagnie Costa Line à destination de Zihuatanejo. Je laisse donc de côté mon projet de voir Querétaro et Guadalajara ; une autre fois peut-être. J’avais peur de ne pouvoir bien dormir de la nuit mais en réalité vu le confort qu’offre le bus où il est possible de presque être étendu à l’horizontal, il y a de fortes chances que je trouve un repos bien mérité après avoir arpenté à pied toute la journée une bonne partie de la capitale. Nous partons un peu après 22 heures 30 et devrions arriver demain aux alentours de 8 heures du matin.

(27). — Cuernavaca, Morelos. — C’est aujourd’hui la Journée internationale du sommeil telle qu’organisée depuis 2008 par le Comité de la journée internationale du sommeil de la Société mondiale du sommeil. Son but étant de célébrer un bon sommeil sain et de pointer les problèmes liés à ses différents désordres, j’ai souverainement décidé de faire un effort en ce sens et de passer la majeure partie de la journée au lit. On peut si l’on veut y voir ma manière d’honorer le stéréotype du mexicain se délaissant d’une trop grande chaleur à l’ombre d’un arbre, son sombrero sur le nez — cliché bien connu mais dont je n’ai jamais pu vérifier la véracité. Je ne manquerai cependant pas d’aller faire mon heure d’excercice quotidien en fin d’après-midi avant de revenir m’allonger et lézarder jusqu’à demain matin.

(26). — Ciudad de México. — Deuxième visite pour moi à la capitale depuis le début de ce séjour. La dernière fois je m’étais plus ou moins concentré sur le côté historique de la ville (5.19) ; cette fois-ci, tout en restant dans le centre, il s’est agit de voir la ville sous ses traits plus modernes. Hier soir par exemple, nous sommes allés dans le restaurant Perro Negro. Restaurant est un mot mal choisi ; cela ressemble en fait plus à une grande terrasse couverte où l’on peut boire de la bière et manger des pizzas dont certaine sont revues à la mode mexicaine. Sur la carte l’on peut trouver par exemple des pizzas au chile relleno, à la carnita ou aux tacos de canasta. Mais il y a aussi des saveurs plus étasuniennes comme la Tennesse BBQ. Du rock des années 1990 passent à fond tandis qu’un endroit surélevé est réservé à des cours de ce qui ressemblait plus ou moins à du kick-boxing. L’arrière de l’immense terrasse a été quant à elle aménagée en skatepark. C’est donc un concept en soi et c’est agréable si l’on aime les ambiances vitaminées à la testostérone. Les pizzas sont bonnes et j’y ai passé, je dois dire, un excellent moment.

Ce matin nous nous sommes levés assez tôt et avons été directement au siège de la DGRI qui se trouve en plein centre ; l’endroit même où l’entrevue a été passée la dernière fois. L’avantage d’avoir porté le dossier en main propre est que le préposé a méticuleusement vérifié le tout. La dernière étape est donc passée ; les rendez-vous qui suivront concerneront une courte formation que doivent suivre les élus. Le reste de la journée, nous avons flâné dans le centre-ville entre shopping, visite du parc Alameda Central où se trouve par ailleurs une magnifique statue de Vénus, et repas très copieux dans un restaurant mexicain près du quartier chinois. La fin de journée a été marquée par une courte averse qui nous a poussé à retourner en métro au terminal de bus de Taxqueña au sud de la ville. De là nous retournerons à Cuernavaca.

(25). — Aujourd’hui et demain vont voir la suite des aventures concernant la candidature pour un poste d’assistant de professeur d’espagnol en France (5.9, 5.16). Il s’agit de réunir le dossier déjà envoyé au format numérique pour postuler mais cette fois-ci au format papier et en double. Il est possible de l’envoyer par la poste mais la capitale n’étant pas très loin c’est une bonne excuse pour s’y rendre de nouveau et délivrer le tout en main propre. Nous partons dès ce soir.

(24). — Cuernavaca, Morelos. — J’ai passé la majeure partie de ma journée à faire les courses au mercado Degollado — le fameux grand marché couvert de Cuernavaca (3.16) — et à aider à préparer un repas pour toute la famille avec Blanca. Ses trois enfants ainsi que son ex-mari seront ce soir à la maison ; c’est l’occasion donc pour elle d’organiser à l’improviste une petite soirée en famille. Pour cela elle a repoussé son retour à Acapulco. Le plat principal est une recette familliale du pollo al comino, littéralement poulet au cumin. Tout simplement délicieux.

(23). — Le réveil ce matin est à six heures trente. Avec Daniel et Blanca, sa mère, nous partons en effet au village voisin de Zacango pour acheter de la viande de mouton cuite dans un barbecue traditionnel — celui-là dont j’ai déjà parlé hier. José et sa famille nous emmène parce qu’ils vont vendre des tamales à la sortie de l’église de ce village. Nous profitons donc du transport. Nous arrivons sur place vers sept heures trente. C’est la maison d’un cousin éloigné de la famille. Le barbecue se trouve à l’arrière dans le jardin ; la terrasse est arrangée en restaurant improvisé grâce à des tables et des chaises en plastique, dans un coin les femmes de la famille préparent des tortillas cuites au feu de bois. J’ai ainsi le loisir de voir le barbecue en question être déterré. Nous sommes les premiers et pouvont donc acheter sans mal deux kilos de viande et un litre de caldo (sorte de bouillon) pour la famille restée à la maison. D’autres clients se pressent à notre suite et s’énervent quelque peu voyant que nous avons déjà pris une partie du barbecue. Un autre cousin de Blanca notamment vient lui dire à demi-sourire qu’à cause d’elle il ne peut acheter la viande promise à sa propre famille ; les premiers arrivés sont les premiers servis, lui répond-elle cependant avec le même sourire. Malgré tout l’ambiance reste bon enfant et nombreux sont ceux à manger des tacos sur place. Nous-mêmes ne résisterons pas ; pour ma part j’en mangerai deux qui, par leur taille, constituent un vrai repas. Le service a commencé un peu après huit heures du matin et une demi-heure plus tard il ne reste rien. Voilà donc pourquoi il fallait se lever si tôt. Faire un barbecue pour le commerçant représente beaucoup de travail mais rapporte énormément en peu de temps. Blanca m’a expliqué par la suite qu’un mouton s’achète entre trois et cinq mille pesos ; durant cette courte demi-heure, son cousin commerçant en aura gagné le double. Il faut se lever tôt et savoir préparer le barbecue ; mais fait tous les dimanches matins, la famille ne manquera jamais de rien. José étant retourné auprès de sa femme pour vendre à la sortie de l’église, nous rentrerons finalement à la maison en taxi en milieu de matinée et passerons toute la journée à manger la barbacoa, à boire des bières dans le jardin au soleil et à refaire le monde. Nous reprendrons la route en sens inverse en fin de journée pour revenir à Cuernavaca dans la nuit après trois heures et demi de voyage.

(22). — Totolmajac, Estado de México. — Finalement nous n’avons pas pu partir hier en raison de quelques problèmes de logistique. Le départ s’est donc fait ce matin. Nous avons pris le bus de six heures vers l’ouest en direction de Ixtapan de la Sal dans l’État de Mexico. Le jour se levant sur notre route, j’ai pu découvrir une terre soumise à la force du soleil ; tout d’abord des forêts aux arbres gris-bruns auquel il manque pour la plupart leurs feuilles avant d’arriver sur un large plateau frappé en journée par la chaleur et entouré de collines lointaines. Des petites habitations de parpaings creux bordent la route. Il n’y a aucune grande exploitation, seulement quelques champs individuels laissés en jachère ou bien quelques prés arides où tentent désespérément de brouter des vaches qui me paraissent bien maigres. De toute évidence, ce n’est pas la forte saison pour les agriculteurs de ce coin de pays. Nous sommes aussi passé près de deux petites lagunes, belles immensités d’eau qui contrastent grandement avec le paysage sec qui se déroulent sous mes yeux. Nous arrivons à Ixtapan vers huit heures et demi où un ami va venir nous chercher pour continuer notre voyage. Serrés à sept dans la voiture, heureusement la fin du trajet fut rapide. En moins d’un quart d’heure nous arrivons finalement dans le village de Totolmajac sur le flanc sud des montagnes du Parque Nacional Nevado de Toluca. Je vais y passer deux jours grâce aux bons soins de la famille Flores Rojel.

La nuit venue. — Totolmajac est un endroit calme organisé autour de son église. L’endroit est connu pour ses champs de fleurs vendues à la capitale et pour sa manière de cuire la viande de mouton ou de chèvre en utilisant le barbecue traditionnel précolombien. C’est une cuisson à l’étouffée ; la viande et les légumes sont enfouis dans le sol à l’intérieur d’une construction de brique au fond de laquelle l’on aura déposé des braises brûlantes, protégée sur le haut par une plaque puis recouverte de terre. Nous avons passer ce samedi matin à déambuler sur le marché afin d’y faire quelques courses pour le repas du midi. En compagnie de Daniel, le petit-fils de la famille, je suis ensuite allé chez un cousin afin d’aller y chercher le sang de deux boucs tués sous nos yeux pour leurs viandes et leurs peaux. Nous avons mangé ce midi là de la panse de bœuf ainsi que de la moronga (que les habitants ici nomment simplement sangre), une spécialité de sang coagulé et cuisinée avec différents piments que l’on mange en tacos. Dépaysement culinaire assuré. Dans l’après-midi nous avons visité le village avant de nous préparer pour aller à la messe de dix-neuf heures. En effet, nous sommes dans un endroit assez reculé où la religion a une place importante — comme dans l’ensemble de la campagne mexicaine. Malgré sa petite taille, il est assez animé. Ce qui m’a le plus frappé concerne les maisons. L’on y trouve deux styles principalement. D’abord les maisons de briques simples entourées de jardin où l’on y cultive des fruits et des légumes ; d’autres ensuite qui sont de très grandes bâtisses, très modernes, dans le style étasunien, sur un ou deux niveaux, avec grand garage et voiture de luxe. Comme chacun le sait, il y a eu — et il y a toujours — une exode importante des mexicains vers les États-Unis d’Amérique au nord. La vie à la campagne au Mexique offre peu d’avenir et la solution, souvent, consiste à passer la frontière — souvent illégalement — afin d’y trouver un travail. Presque toutes les familles, sinon toutes, ont des membres qui ont fait le voyage, ou qui l’ont tenté tout du moins. Ceux ayant eu la chance de réussir envoient de l’argent à leur famille restée au village, y font construire de grandes demeures ou bien permettent la rénovation des vieilles maisons familliales. Seulement j’appris que la plupart d’entre eux ne voient jamais de leurs yeux le résultat, sinon en photo. En effet, pour certains, étant sans papiers aux États-Unis d’Amérique, un retour serait aussi dangereux que l’aller et pourrait de plus les amener à perdre leur situation s’ils n’arrivaient pas à repasser de nouveau la frontière. Tandis que pour d’autres, faisant simplement leur vie là-bas, ils n’éprouvent pas le besoin de revenir au village natal.

Je vais prendre un exemple concret en racontant l’histoire récente de la famille où je suis invité. Le grand-père, alors jeune homme de Totolmajac, tombe amoureux d’une fille d’un village voisin. Il l’épouse et fait construire une petite maison sur l’un des terrains familiaux. Une simple maison de brique posée sur le sol de terre. C’est un éleveur modeste mais, les années passant et grâce à des héritages, il se débrouillent pour rentabiliser ses propriétés en y installant des champs de fleurs. Le couple ne sera pas riche mais vivra suffisamment confortablement pour élever leur quatre filles qui ne manqueront de rien. Celles-ci grandissent et vient le temps des amours. Les deux plus grandes se marieront avec deux frêres de Totolmajac. Mais déjà alors la vie au village est de plus en plus difficile. C’est le temps des grandes réformes agraires mexicaines qui vont plonger dans le dénument des millions de mexicains qui n’avaient déjà que la terre pour survivre. Les deux frêres, jeunes mariés, prennent la décision d’aller là où le rêve est possible, vers un avenir meilleur. Il faut traverser la frontière au nord et tenter sa chance aux États-Unis d’Amérique. Ils partent donc ensemble laissant au village leurs femmes. Il traverseront la frontière à pied, de nuit. À l’époque c’était déjà très dangereux mais ils survécurent. Ils trouvèrent finalement du travail et commencèrent à gagner suffisamment d’argent pour en renvoyer au village. La politique étasunienne d’alors permettait d’avoir assez facilement des papiers de résidents — en tout cas plus facilement qu’aujourd’hui. Ils étaient illégaux sur le territoire mais le gouvernement, ayant conscience du besoin qu’il avait de cette main d’œuvre bon marché, finissait la plupart du temps par donner des papiers pourvu que certaines conditions soient remplies. Les deux frêres rentraient dans les cases imaginées alors par le gouvernement et purent avoir, au bout de quelques années, leurs papiers. Ils entamèrent aussi les démarches pour que leurs femmes puissent les rejoindre. Seulement, tout cela prend du temps, beaucoup de temps même. La décision est alors prise ; les femmes tenteront aussi le voyage à pied, illégalement. Ce qu’elles firent avec succès. Elles vivront alors auprès de leurs maris, travailleront, enverront de l’argent à Totolmajac et attendront leurs papiers durant plusieurs années. Je crois avoir compris que les deux sœurs ne sont plus maintenant mariées avec les deux frêres. La plus grande vit désormais à Chicago et la seconde à Houston où elle a épousé en seconde noce un texan. Cette dernière, avec l’argent qu’elle a gagné, a fait construire une jolie maison en bas de la rue de ses parents. Elle ne l’a jamais vu ; elle n’est jamais revenue à Totolmajac. La maison est louée à un jeune couple ayant trois enfants pour un prix dérisoire. Le contrat tacite en réalité est que le couple passe de temps à temps voir les parents, prennent soin d’eux dans la mesure du raisonnable et veille à ce qu’ils ne manquent de rien — le jeune mari, José, est l’ami en question qui nous a conduit depuis Ixtapan jusqu’au village. J’ai très peu entendu parler de la plus grande des sœurs, celle de Chicago ; peut-être a-t-elle plus ou moins coupé les ponts avec sa famille pour des raisons que j’ignore ? Je sais cependant que les deux filles ont depuis fait des démarches pour que le reste de la famille puisse, si elle le voulait, les rejoindre. Il existe en effet des règles leur permettant d’obtenir pour des membres de leur famille des visas touristiques valables dix ans. C’est la raison pour laquelle deux de leur neveu notamment peuvent aller et venir aux États-Unis d’Amérique librement en prenant simplement l’avion.

La situation au village de Totolmajac n’a pas vraiment changé en trente ans. La vie y est toujours aussi difficile et il faut développer mille et un trésor d’imagination afin de subvenir à ses besoins. C’est pourquoi, encore aujourd’hui, de nombreux jeunes passent la frontière pour tenter leur chance, comme leurs aïeux l’ont fait avant eux. Certains profitent du visa temporaire pour entrer en tant que touriste mais restent pour y travailler illégalement. D’autres n’ont pas ces facilités et continuent donc de passer — ou de tenter de passer — à pied, de nuit. Comme dit, la traversée étaient déjà dangereuse dans les années 1970 ; de nos jours, c’est bien pire, chacun sait qu’il risque clairement sa vie. En effet le passage se paye, et parfois très cher, auprès de ceux que l’on nomme les coyotes. Donc nombreux sont ceux qui transportent avec eux les maigres économies de toute une famille. Les assauts de groupes reliés au narcotrafique profitant de la situation sont très nombreux. Les coyotes eux-mêmes sont en lien plus ou moins étroits avec les mafias locales et trahissent parfois leurs clients. Pour les femmes et les filles c’est encore plus terrible car elles constituent des proies en elles-mêmes pour ces groupes. Et une fois la frontière traversée — si elle est traversée — il faut encore affronter le désert dans une marche qui doit durer au moins trois jours et qui grouille de milices étasuniennes plus ou moins légales qui, pour certaines, n’hésitent pas à tirer à vue au fusil à lunette. Ce n’est là qu’un aperçu très léger des conditions des immigrants cherchant à traverser la frontière. Pour commencer à en avoir une vision plus large, il existe de nombreux films traitant du sujet. Je pense par exemple à La Jaula de Oro de Diego Quemada-Diez sorti en 2013 où l’on suit deux adolescents guatemaltèques dans leur voyage ponctué de peurs et de dangers vers le rêve étasunien, ou encore à Desierto de Jonás Cuarón sorti en 2015 qui se concentre sur la difficile traversée du désert. Mais il en existe beaucoup d’autres. L’on peut aussi trouver de nombreux travaux de journalistes. Je pense particulièrement ici à Camilla Panhard, journaliste franco-italienne, qui, s’intéressant aux différents migrants, a fini par se concentrer sur la situation des femmes. Je me souviens être tombé par hasard sur l’un de ses reportages à la bibliothèque universitaire de Caen dans le numéro 8 de la revue XXI dont on peut trouver quelques extraits dans Le Monde, et qui a fini par en faire tout un ouvrage, No women’s Land paru en 2016.

(21). — J’ai effectué hier ma première intervention auprès d’élèves du cours de français à l’Uninter. Suivant la thématique de la Journée internationale des femmes, je leur ai présenté l’évolution du droit des femmes en France de la Révolution à nos jours durant environ trois quarts d’heures avant d’enchaîner sur un échange avec eux sur les différences entre nos deux pays. Je dois dire que ma présentation était assez brouillon étant donné le peu de temps et la masse colossale d’informations à transmettre. Je me suis donc plutôt centré sur les points les plus importants en matière d’éducation, de travail, au niveau du droit de la famille, de la maîtrise de la maternité et des droits politiques. L’idée, de toute façon, était pour eux d’avoir un français qui leur parle en français, avec son propre phrasé, son accent, etc. Je pense que cela a été assez difficile à suivre pour eux. L’effort de concentration a été intense pour ceux qui ont pu tenir jusqu’au bout ; évidemment certains ont fini par décrocher au bout d’un moment — sans parler de ma tendance à parler de plus en plus vite et à retrouver mon rythme normal à l’oral, alors qu’il aurait fallu que je reste sur un niveau lent tout au long de l’échange. Le but premier était de les mettre en situation réelle, aussi de partager autour d’un thème particulier et d’échanger en français. De ce point de vue, c’est un succès. La deuxième partie a été assez animée, chacun partageant son point de vue. Les élèves sont assez motivés et ont su mettre à l’oral et en français les idées qu’ils avaient à partager. Je dois normalement recommencer d’ici deux semaines sur le thème — toujours aussi vaste — de l’éducation en France.

Je dois aujourd’hui partir dans la campagne mexicaine où nous sommes attendus. Je n’ai qu’assez peu d’informations sur la destination — je n’ai pas réussi à me souvenir du nom du village, je sais simplement que c’est à environ trois heures de route. L’on m’a cependant promis un dépaysement complet, une vie à la mexicaine typique de la campagne et une nourriture délicieuse. J’en dirai plus lorsque j’aurai plus d’informations.

(20). — J’ai passé les deux derniers jours à voyager un peu dans l’État de Morelos. Samedi nous avons été en groupe au parc aquatique El Rollo qui se trouve aux abords du village de Tlaquiltenango, à quelques kilomètres de la ville de Jojutla de Juárez. Pour y arriver nous avons traversé le grand bassin du centre de l’État entouré de montagnes, ce qui donne au voyage une perspective tout à fait impressionnante. Nous avons atteint le sud de l’État bordé d’une chaîne montagneuse vers midi. Celle-ci marque la séparation entre les États de Morelos, de Puebla et de Guerrero, et accueille notamment la Reserva de la Biosfera Sierra de Huautla, suivant le nom de la ville la plus au sud de l’État. Le parc aquatique en lui-même est un très grand centre moderne d’une trentaine d’hectares qui, m’a-t-on dit, peut accueillir jusqu’à trente mille personnes, et qui dépeint assez avec les alentours, riche nature aux allures sauvages, avec ses petits villages et les champs attenants. Lorsque l’on monte en haut de l’une des constructions permettant d’accéder aux différents tobogans, l’on a la chance d’avoir une vue sur des kilomètres à la ronde et qui donne le loisir d’apprécier le paysage sans retenu, avec à l’ouest les petites villes de Zacatepec et de Jojutla dont les plus hauts édifices sont les églises, à l’est une large montagne dont j’ignore le nom et recouverte d’une épaisse forêt, et au sud la grande réserve montagneuse de Huautla ainsi que l’entrée vers la vallée de Vazquez. Je ne peux m’empêcher de m’imaginer ce qu’ont du ressentir les premiers européens face à la magie de ce spectacle, mais aussi d’imaginer comment devait vivre les premières nations avant l’arrivée des conquistadores.

J’ai eu le lendemain les mêmes sensations en me rendant cette fois-ci dans le village d’Atlacholoaya sur les bords du Rio Apatlaco. En réalité, je n’ai pas vu une seule rue du village en question car nous sommes allés directement dans le fraccionamiento Real Santa Fe. Ce type de construction est assez courant dans le nord et le centre de l’Amérique, et consiste en un regroupement de maisons ou d’immeubles construits sur le même modèle. Ils peuvent être plus ou moins grands ; certains ont la taille d’un simple paté de maison tandis que d’autres sont à l’échelle d’une petite ville. Cela pourrait ressembler un peu à ce que l’on a en France avec les pavillons de banlieue que l’on trouve généralement dans les cités dortoires à la différence prêt que les fraccionamientos sont complètement fermés, que l’on ne peut y rentrer comme l’on veut, et qu’il y a un système de sécurité privé assuré par des gardes armés d’une radio et, parfois, d’un tonfa. Je pense que nous avons ici un héritage des premiers colons qui cherchaient une manière de vivre en communauté tout en ayant une certaine sécurité que ne pouvaient leur offrir les autorités. Généralement l’on achète ou loue une maison ou un appartement et, chaque mois, l’on paye ensuite une cotisation qui permet l’entretien des rues, du système électrique commun, des jardins et des piscines lorsqu’il y en a, du service de sécurité, etc. Les rues ont des noms et les maisons ont des numéros, comme partout ; il y a une administration centrale qui peut être assimilée à une sorte de mairie et/ou à une préfecture. Il y a des règles à suivre et je ne crois pas que les fraccionamientos soient participatifs mais plultôt qu’il y a une autorité centrale qui décident unilatéralement pour le bien commun, mais en prenant peut-être en considération les avis de leurs clients — puisque, après tout, cela reste une transaction commerciale de service. C’est, en somme, une sorte de politique de la ville privée et c’est assez courant dans cette partie du monde. Depuis mes premiers voyages au Mexique j’ai eu l’occasion d’être invité chez différentes personnes qui vivaient dans ces structures. Il existe ainsi différents types de fraccionamientos avec différents niveaux de prestations en fonction du niveau de vie des habitants ; mais selon ce que j’ai vu jusqu’à présent, ce mode de vie reste réservée aux classes moyennes et plus élevées. J’ai donc passé ce dimanche dans l’une des maisons de la rue Monte Libano en compagnie de la famille de Zahira — enseignante de mathématique et amie du Colegio Morelos que j’ai déjà évoqué (5.17). Nous y avons fait un barbecue à la mexicaine — qui ne change pas trop des barbecues tel qu’on les fait partout ailleurs dans le monde — et profité de la piscine commune. Ce fut un moment tout à fait agréable même si je regrette que les hauts murs de l’enceinte du fraccionamiento ne m’ont pas permis plus que cela de profiter du paysage alentour. Ceci dit, je ne pense pas avoir manqué grand chose ; sur la route en arrivant il n’y avait que de vastes étendues de sols en friche recouverts par des herbes folles jaunies par un soleil sans concession.

(19). — Déjà la fin de la semaine et je ne l’ai pas vu passer. J’ai donc été deux jours à Mexico. Parcourant les avenues et les rues de la cité historique, je me suis retrouvé dans les écrits et les descriptions que faisaient Jean-Jacques Ampère dans son journal Promenade en Amérique - Le Mexique paru dans la Revue des deux Mondes, plus particulièrement dans le volume consacré à Vera-Cruz et Mexico lorsqu’il découvre pour la première fois la ville le soir du 1er mars 1852. Il y décrit les rues qui se coupent à angle droit, les dômes colorés des couvents et des églises, la grande place majestueuse où se trouve la cathédrale et le palais. Si l’on met de côté les magasins modernes et les véhicules à moteur, l’on a l’impression que rien n’a changé, ou presque. Une chose que M. Ampère n’a pourtant pu voir à l’époque sont les fondations du Templo Mayor, le principal temple aztèque de Tenochtitlan, ancien nom de Mexico sur les ruines de laquelle la capitale du pays est aujourd’hui construite. Les premières pierres de cette construction date du quatorzième siècle. En 1521 les espagnols détruisirent le temple pour faire de la place et utilisèrent les pierres récupérées pour la construction, entre autre, de leur cathédrale. Au siècle dernier des fouilles archéologiques ont permis la mise au jour du site qui aujourd’hui peut se visiter sous la forme d’un musée à ciel ouvert. Une autre chose que n’a pu observer M. Ampère est la pollution ambiante. La ville de Mexico se trouve au centre d’une cuve entourée par des montagnes. Cela n’a pas manqué à M. Ampère qui explique que « au bout de chacune de ces rues larges et droites, on aperçoit une montagne, comme dans certaines petites villes des Alpes ou des Pyrénées ; mais ici le spectacle frappe davantage parce qu’où est dans une plaine et dans une ville de cent cinquante mille âmes. Imaginez qu’au bout de la rue du Faubourg-Saint-Honoré ou de la rue du Bac on aperçoive un sommet bleuâtre s’élevant à dix mille pieds ». La différence fondamentale est qu’aujourd’hui la ville compte près de neuf millions d’habitants et que la pollution ne permet pas d’avoir cette magnifique perspective sur les montagnes — sauf quand la météo est clémente et qu’un vent suffisamment fort chasse pour quelques heures les affres de la vie moderne.

J’ai passé deux jours très agréables cependant. J’ai remonté l’immense avenue Paseo de la Reforma depuis le parc de Chapultepec jusqu’à la Plaza de la Solidaridad que surplombe le Palacio de Bellas Artes, magnifique palais d’un blanc immaculé. J’ai ensuite parcouru la très longue rue piétonne faisant le lien entre ce palais et la Plaza de la Constitución — le zócalo où se trouve donc la cathédrale, le grand palais et les ruines du Templo Mayor. Toute l’architecture du centre historique est grande et monumentale, impressionnante et superbe. Je pouvais presque entendre le Merlin de Kaamelott s’extasier : « Rendez-vous compte de la magnificence de ces colonnades ! L’imposant ne le dispute-t-il pas à la majesté ? ». J’ai aussi pris beaucoup de plaisir à parcourir les ruelles derrière le Palais national, enchevêtrement de boutiques en tout genre, de petits marchés couverts ou à ciel ouvert, et de vendeurs de toutes sortes de mets très économiques, à manger debout dans la rue. Il y a beaucoup de choses que j’aurais voulu visiter, notamment le Palais de Chapultepec au centre du parc du même nom, mais le temps a manqué — ce n’est évidemment pas en deux jours à peine que l’on peut vraiment apprécier la capitale. Ce sera pour une prochaine fois.

Le retour à Cuernavaca lundi soir a été sans surprise aucune et la routine quotidienne reprend peu à peu ses droits. Il m’a été proposé un remplacement pour demain à l’Alliance Française ; malheureusement je serai hors de la ville et je ne pourrais honorer cette demande. J’en ai cependant profité pour signifier mon envie de passer la certification DALF C2. Le niveau est assez élevé et l’examen est en avril si j’ai bien compris. Je vais donc avoir pas mal de travail avant de pouvoir me sentir prêt, et j’espère en avoir le temps.

(18). — Peu de mouvement aujourd’hui. Il aurait été bien de pouvoir partir à la capitale du pays dès ce matin, puisque mon cours a été annulé, mais tous les hôtels abordables du centre-ville sont remplis. Le départ sera donc demain matin à la première heure avec un retour prévu pour lundi soir. J’ai hâte de me lancer dans cette petite excursion.

(17). — Je viens de recevoir via Messenger une vidéo délirante de Camille et Cassandra depuis la vie scolaire du lycée Jules Verne de Mondeville m’annonçant que j’avais validé ma matière de droit social passée au premier semestre et, de là, qu’à la fin d’année j’aurai donc ma licence en droit. Devoir refaire toute une année pour une seule et unique matière a été plutôt difficile à encaisser au départ mais, finalement, cela a été pour moi une bonne opportunité afin de prendre ce que l’on pourrait appeler une année sabbatique dont six mois se passent au Mexique. Il n’empêche, je suis quand même content d’avoir finalement décroché ce diplôme et d’avoir la perspective d’aller dans une direction qui, bien que je la saches très difficile, me plaît et m’attire au plus haut point. La suite de cette aventure attendra la rentrée en septembre prochain. En attendant, et plus immédiatement, je vais commencer à me préparer pour aller faire un tour à l’Uninter et rencontrer l’enseignante que je remplace demain.

Un peu avant minuit. — J’ai donc eu mon rendez-vous. Au-delà de la préparation pour le cours à l’Alliance Française, nous nous sommes entendus pour que je fasse quelques interventions auprès de ses étudiants à l’université d’ici deux semaines environ, mais j’en reparlerai plus tard. En fin d’après-midi, elle m’a envoyé un message pour m’annoncer que malheureusement le cours de demain où je devais la remplacer a été annulé. Tant pis ; au moins l’entrevue aura porté quelques fruits puisque cela m’a permis d’avancer un pied à l’université. J’ai appris qu’ils manquaient cruellement de professeur de français, ce qui est bon pour moi. Je vais creuser dans cette direction et voir où cela aboutit. Dans tous les cas, je suis assuré de pouvoir participer à quelques classes, grâce à son invitation.

Quittant l’Uninter vers quatorze heures, je me suis dirigé directement en taxi vers le Colegio Morelos pour y retrouver des amis enseignants. De là nous sommes allés chez Zahira où nous avons passé toute la fin de journée à voir un film, écouter de la musique et à nous amuser longuement au jeu de rami. Je rentre à peine et tombe littéralement de sommeil. Je vais quand même entamer le dernier tome de la trilogie Spin de Robert C. Wilson avant de dormir.

(16). — Il y a environ quinze jours je disais que j’aidais à la préparation d’une candidature pour devenir assistant de professeur d’espagnol en France (5.9). La réponse concernant la première étape est finalement arrivée plus tôt que ce que je ne pensais ; et elle est positive ! Un rendez-vous a donc été donné pour passer une entrevue la semaine prochaine à la capitale. Cela me réjouit d’autant plus que cela va me permettre de sortir de Cuernavaca quelques jours et d’aller dans un endroit que j’apprécie particulièrement. Je ne suis pas certain d’avoir beaucoup de temps à consacrer au tourisme car je pense que je n’y serai que deux jours. Mais c’est déjà ça. Cela va avoir le mérite de rompre la monotonie qui s’installe malgré mes efforts depuis quelques jours. Il faut dire que Cuernavaca, nonobstant sa taille imposante, ne recèle pas de mille et une merveille à découvrir au fur et à mesure des jours. Y passer quelques jours, visiter et découvrir les lieux, y revenir de temps à autre est parfaitement envisageable. Mais y vivre et y rester plus longtemps qu’une semaine ou deux, et l’on se rend compte que l’on en fait, finalement, assez vite le tour. Ceci dit, je sais que si la ville se trouvait en bord de mer, je verrais les choses d’un autre œil. En effet l’on pourrait certainement tenir le même discours, j’imagine, sur Acapulco. Après un certain temps, l’on finit par s’habituer. Cependant je pense que, personnellement, j’aurai du mal à me lasser d’Acapulco et cela pour deux raisons principales. La première est la chaleur qu’il y fait — je suis définitivement quelqu’un qui apprécie plus les chaleurs, même fortes, qu’un temps modéré — et la seconde est la présence de la mer — ou l’océan plutôt en l’espèce. Je ne me plains évidemment pas cependant. Il me reste tout de même plusieurs choses à voir ici mais disons que je les garde pour un peu plus tard.

La ville de Mexico m’attend donc et j’aurais souhaité y aller dès samedi. Malheureusement — si j’ose dire — ce jour-là j’aurai mon fameux remplacement à l’Alliance Française (5.8). D’après ce que j’ai compris je serai en charge de deux élèves durant quatre heures. J’avoue n’avoir pas encore la moindre idée de ce que je vais pouvoir leur raconter, surtout pendant autant de temps. J’espère voir l’enseignante que je remplace demain afin qu’elle me donne plus de détails. Elle m’avait aussi proposé de faire un remplacement auprès du Colegio Jurista mais il s’agit d’un cours d’anglais et je ne me sens absolument pas en capacité de donner une leçon dans cette langue même si elle a essayé de me rassurer en m’indiquant qu’il s’agit d’un niveau A2. J’ai donc refusé. Peut-être aurais-je dû accepter ? J’avoue que l’attrait de l’institution interfère et me fait douter de ma réponse négative. Mais il faut que je sois raisonnable, je ne pense vraiment pas être compétent pour cela et je n’ai certainement pas envie de me ridiculiser.

Plus tard, dans la nuit. — Dans tous les cas, je donnerai de toute façon ce cours de français. Je n’ai certes pas le contenu de cours à leur donner mais j’espère pouvoir prendre le temps de leur faire découvrir un tant soit peu la culture française — en quatre heures, je devrais pouvoir le trouver, le temps. C’est ce qui me plaît vraiment dans ce genre d’exercice — et c’est ce qui m’avait poussé à continuer à donner des cours lorsque je suis arrivé ici la première fois, il y a quatre ans. J’aimerais pouvoir leur montrer comment un français avec un accent plutôt typé parisien (ou disons du nord ouest) parle, les formes et le language informel que nous utilisons dans la vie de tous les jours (et qu’ils ne trouvent pas dans leur manuel), notre façon de vivre, de penser et même, soyons fous, de voir le monde qui peut être radicalement différent de la leur.

En effet, même si les problèmes du quotidien peuvent se ressembler par bien des aspects — comment vais-je boucler la fin du mois ? que vas-t-on faire ce week-end ? etc. —, beaucoup de choses, à un niveau plus global, sont très différentes. L’on me l’a d’ailleurs expliqué il y a longtemps d’une assez jolie façon, même si assez cynique. Lors de l’une des nombreuses discussions que j’ai eu, et que je continue à avoir, avec celui que j’appelle Papa Fernando, il m’a bien montré que, effectivement, le Mexique peut se voir comme ayant beaucoup de ressources économiques (notamment) à offrir au monde — et je ne parle pas que du pétrole. Mais bien sûr il n’est pas au niveau, si l’on peut dire, d’un pays comme la France. Et ça n’est pas qu’une perspective économique. Oui, ici le niveau de vie est plus bas c’est certain, mais il y a aussi des gens très pauvres en France. Non, le vrai problème, m’expliqua-t-il, est l’envergure que se donne le peuple et la vision qu’il a pour l’avenir. Ce n’est pas, fondamentalement une question d’économie mais plutôt sociétale. Ainsi m’a-t-il dit, « pendant que les français rêvent à aller sur Mars, nous, nous rêvons d’être membre permanent et d’avoir un droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies ». Implacable. Il y a cette différence d’échelle absolument invraisemblable entre les deux pays. Le mexicain moyen rêve d’institutions fonctionnelles, d’une sécurité minimum dans ses rues et, pourquoi pas, d’une certaine indépendance internationale. La France, évidemment, est loin d’être parfaite mais, il faut le dire sans détour, sur ces plans nous ne jouons pas dans la même cour d’école. Nous pouvons avoir ce luxe de rêver d’aventures spatiales en tant que société. Cela reste magique pour nous, bien sûr, mais nous y rêvons sérieusement, et Thomas Pesquier récemment nous a encore montré que ces rêves se réalisent pleinement. Les mexicains, quant à eux, ont des rêves presque plus terre à terre, cela dit sans mauvais jeux de mots.

Je me souviens, il y a environ cinq ans, lorsque j’ai rencontré des élèves mexicains en échange international à l’Université de Caen, j’ai eu l’occasion de participer à leur demande à une visioconférence avec des étudiants de l’Uninter ici à Cuernavaca. L’idée pour eux était de présenter un vrai français afin qu’il réponde dans un mauvais espagnol aux questions que les élèves restés au pays pouvaient se poser. La finalité pour l’Uninter, bien sûr, était une certaine publicité pour leur programme d’échange et donc pour leur université — j’ai déjà mentionné le côté très commercial des institutions éducatives ici et de leur besoin de se promouvoir (3.2, 3.6). Je me suis donc prêté au jeux avec un certain amusement, m’attendant à répondre à des interrogations sur la manière de vivre, la cuisine, les relations amicales ou amoureuses, etc. Ce que j’ai eu d’ailleurs. Mais, assez vite, les échanges se sont orientés sur des questions plus politiques. L’on m’a demandé si l’État était très corrompu ; probablement un peu, ai-je répondu, mais pas suffisamment pour faire disfonctionner le système. Puis, pendant un long moment, l’on m’a interrogé sur la sécurité. Et là, ce sont mes compères mexicains à Caen qui ont répondu avec un vif enthousiasme, expliquant qu’en France on pouvait sortir le soir et rentrer à pied entre amis, en pleine nuit noire, sans grande crainte ; que si l’on se perdait en bon touriste dans les rues, l’on pouvait toujours demander à un aimable policier la route et qu’ils étaient toujours ravis d’aider, et ne profitaient pas de la situation pour en abuser — je n’ai pas compris à l’époque les implications que pouvaient avoir la réponse pour ces mexicains, ni l’importance d’ailleurs que cela pouvait avoir pour eux, tellement cela me paraissait normal. Même, ont-ils continué sur le sujet, l’on ne croise pas tant de policiers que cela dans les rues. Mais, n’y a-t-il alors pas beaucoup de danger, ont demandé les élèves de l’autre côté de l’Atlantique, presque interloqués ? Pas du tout, ont répondu mes camarades, ici la sécurité est presque même palpable, vous sentez que vous n’avez rien à craindre. Je me souviens encore aujourd’hui du silence de l’autre côté de l’écran qui a suivi cette affirmation. C’était pour eux presque incroyable et je voyais bien qu’ils avaient du mal ne serait-ce qu’à se le représenter, à se l’imaginer, à le vivre comme sensation. Tout cela m’a beaucoup étonné à l’époque mais j’ai vite oublié cette anecdote. Jusqu’à ce que je vive un peu ici au Mexique, que je lise les nouvelles locales ; que l’on me dise de ne surtout jamais rentrer à pied de nuit d’un bar si c’est à plus de dix minutes (et encore), même à dix heures du soir ; que l’on m’a dit de ne jamais demander ma route à un policier, quel qu’il soit, d’ailleurs d’éviter de demander à n’importe qui ma route si je suis perdu ; que l’on me raconte toutes ses histoires que chacun ici a vécu, de leurs amis qui s’en sont sortis, et de ceux qui, malheureusement ont eu beaucoup moins de chances.

Il y a deux jours, l’on m’a dit que le Mexique paraît normal à première vue. Quand on se balade dans les rues, l’on ne voit rien d’autre que des gens qui travaillent, qui flânent, qui s’amusent, qui vont au travail, qui en reviennent ; que des gens normaux et une vie normale en somme. Mais, en réalité, si l’on gratte juste un peu, l’on se rend compte qu’il y a quelque chose qui ne va pas, comme une sorte de système sous le système, caché, en filigrane, et qui ne se révèle que si l’on y prête bien attention, comme l’on chercherait les éléments obfusqués d’un billet de banque à la lumière d’une lampe. Un système qui n’est pas sain, une sorte de cancer qui a tout pris ou presque, qui se nourrit, qui vampirise plutôt cette apparente normalité. Et de là naît une sorte de mal sans nom, de paranoïa flottante et d’insécurité profonde, et le sentiment, partagé par beaucoup ici dans un fatalisme ambiant, que rien ni personne ne va pouvoir les sauver ni vraiment changer les choses. C’est pourtant un si joli pays et un si beau peuple.

(15). — Ce fut une fin de semaine pour le moins peu productive. Vendredi soir, après avoir passé quelque temps au Mercado Comonfort, j’ai souhaité, avant de rentrer, manger quelques tacos histoire de ne pas dormir le ventre vide. Joyeux à cette idée, j’ai eu la lubie de les badigeonner de salsa roja faite à base de chile de árbol — ces petits piments rouges mexicains que l’on nomme en France « piments oiseaux ». Habituellement, je n’en mets que quelques gouttes, pour le goût. Cette fois-ci, j’ai eu la main vraiment lourde. Au point que le lendemain matin, après mon café, de violentes douleurs à l’estomac puis aux intestins se sont déclarées. J’avais déjà entendu dire qu’il était possible de tomber malade à cause d’une trop grande ingestion de certains piments. Il se trouve que les piments oiseaux sont non seulement très forts mais surtout très irritants. Je me suis donc retrouvé avec tous les symptômes d’une gastrite aiguë. Surtout le café que j’avais bu le matin n’a pas du tout aidé puisque c’est un aliment acide et qui aggrave dès lors la douleur — je ne l’appris que plus tard en me renseignant sur mes maux. Bref, je restais donc alité et en position fœtale toute cette fin de semaine et n’ai pu remanger plus ou moins normalement que ce dimanche après-midi. Heureusement mon affection a été bénigne et j’ai évité l’ulcère — sur ce dernier point, je suis peut-être trop alarmiste mais j’avoue que l’idée d’en être arrivé là m’a tenu quelques heures.

Cette mésaventure passagère m’aura cependant fait découvrir un site pour le moins intéressant et utile, à savoir Hesperian health guides et dont j’ai donné un lien ci-dessus en relation avec mon cas. C’est une petite organisation née dans les années 1970 à Ajoya au Mexique. Son but initial était de fournir une assistance sanitaire à des communautés reculées. Leur travail le plus important a été la mise en page d’un guide en espagnol en 1973 intitulé Donde no hay doctor éprouvé sur le terrain par de nombreux bénévoles — ce qui a impliqué la création de l’organisation en tant que telle. Plus tard, ils ont traduit leur manuel en anglais et dans d’autres langues. Puis, en 2011, ils ont porté toutes leurs ressources en ligne et ont ouvert leur site internet afin de toucher un plus grand nombre. Il existe ainsi une partie en français mais tout n’est pas encore traduit — notamment certaines parties de Là où il n’y a pas de docteurs manquent encore à l’appel.

Ce qui est intéressant aussi c’est que toutes leurs ressources sont disponibles suivant une licence qu’ils nomment open copyright et qui, comparée au droit d’auteur (ou au copyright), est assez permissive. Un point important dans leur licence porte sur les versions papiers des manuels qui doivent être traduits et vendus sans recherche de profit ; comprendre par là que si l’on souhaite participer au projet, au pire, le prix du livre traduit et vendu sera le prix de production. Autre point important est celui de l’auteur ; l’ouvrage traduit et vendu doit comporter le nom de l’organisation ainsi que toutes les informations pour la contacter. Notons aussi que le traducteur et/ou le diffuseur doit formellement rester en contact avec l’organisation mère afin que celle-ci puisse voir l’avancement du projet et envoyer toute mise à jour ou correction nécessaire. En ce qui concerne les supports numériques par contre, rien d’explicite n’est dit, il faut contacter l’organisation. Mais on peut imaginer quelque chose de ressemblant. Pour terminer, il est laissé une possibilité de vendre à profit les manuels sous couvert de former un contrat particulier avec Hesperian. Il est intéressant de voir comment on se rapproche ici d’une licence creative commons et je me demande pourquoi est-ce qu’ils ne l’utilisent pas. Peut-être parce qu’ils veulent absolument garder un contrôle plus fort, notamment pour les supports numériques ? Ou bien simplement leur licence est plus ancienne que les creative commons et ils n’ont pas ressenti le besoin de la modifier puisqu’elle fonctionne bien pour eux. Je ne me suis pas vraiment posé la question mais je trouverai intéressant de voir leur wiki évoluer vers une licence libre. On pourrait peut-être arriver à terme à l’équivalent d’un wikipedia orienté sanitaire et santé.

(14). — Dans mon esprit, nous sommes encore jeudi mais selon l’heure, nous venons juste de rentrer dans vendredi — il est minuit quarante présentement. Bref, ceci pour dire que je fais comme si nous étions hier alors que nous sommes déjà demain. Aujourd’hui donc, et après cette petite introduction temporelle loufoque, je peux dire que je n’ai pas vu passer la journée. Je passe la matinée sans grand intérêt où le plus clair de mon temps à consister à me remettre de l’après-midi et de la soirée d’hier. Ce faisant, et quinze heures arrivant, je suis allé manger un pozole avec des amis à La casa de los abuelos dans le centre de Cuernavaca. Comme son nom l’indique, c’est un petit restaurant où l’on mange comme à la maison, une cuisine typique mexicaine comme la font les grands-parents. Il se trouve qu’au Mexique il y a une sorte de dicton qui dit « jueves pozole! », autrement dit « le jeudi, c’est pozole ! ». Ce plat est un héritage de l’époque précolombienne et se prononce en náhuatl pozolli venant du mot de la même langue tlapozonalli qui signifie « bouilli ». C’est une soupe dont l’ingrédient principal est un maïs mexicain nommé cacahuazintle ayant un grain de couleur blanche gros comme une fève. L’on y rajoute une viande, qui peut être du poulet ou du porc, du chou râpé, de l’oignon tranché et de l’ail. On peut y mettre aussi du radis, du piment, du citron et de l’avocat. En réalité, la base est surtout constituée du fameux maïs et d’une viande ; pour le reste c’est au goût de celui qui mange. Ce qu’il y a de particulier surtout dans ce plat c’est la manière dont on prépare le maïs. Celui-ci en effet, et à l’instar du maïs utilisé pour les tortillas, est précuit dans une solution à base d’eau et d’hydroxide de calcium ; un processus que l’on nomme nixtamalisation et dont l’un des éléments est l’utilisation de la cendre — nextli en náhuatl veut dire cendre tandis que tamalli renvoie au tamal qui est de la farine de maïs moulu. Évidemment après la précuisson, les grains sont lavés ; aucun goût parasite ne subsiste. Il existe différents styles de pozole selon la région. Mon préféré est certainement le style guerrero — de l’État mexicain du même nom — qui peut venir rouge ou vert en fonction du type de piment que l’on utilise pour le cuisiner — j’ai une préférence personnelle pour le rouge. Le pozole s’accompagne aussi généralement de tacos dorados qui ne sont rien d’autres que des tacos roulés que l’on aura fait frire — cela rajoute un côté croustillant à l’ensemble, côté dont sont très friands les mexicains. Je pense pouvoir dire que ce plat, avec les différentes sortes de mole, est l’un des plats majeurs du Mexique. Il est inconcevable de visiter ce pays sans y goûter au moins une fois.

Après avoir dévoré le pozole et une Corona bien fraîche, nous sommes ensuite allés faire un tour au Forum, grand mall à ciel ouvert à l’est de la ville. Comme tous mall, ce n’est rien d’autre qu’un regroupement de boutiques en tout genre mais j’avoue apprécier celui-ci parce que ce n’est pas un bâtiment fermé. Nous y avons mangé une glace énorme à Santa Clara. Après cela, nous avons été au cinéma voir une comédie mexicaine intitulée La boda de Valentina qui, pour dire la vérité, à part deux ou trois blagues nous tirant un sourire, n’a pas beaucoup d’intérêt. C’est malheureusement le genre de film où la bande-annonce est plus attrayante que le film lui-même, ce dernier nous décevant dès le premier quart d’heure passé.

Plus intéressant a été le film australien sorti ce 13 février que j’ai vu en rentrant à la maison, The Gateway (ou Alpha Gateway selon les distributeurs) par John V. Soto. La vie de Jane Chandler va être boulversée de deux manières. D’une part elle va découvrir un moyen de voyager dans d’autres mondes parallèles et, d’autre part, elle va perdre son mari dans un accident de voiture. Détruite par le chagrin, elle décide de visiter une Terre parallèle et d’y retrouver son défunt mari. Seulement, évidemment, tout ne va pas se dérouler comme prévu et ses actes vont avoir des conséquences pour le moins importantes. Ce n’est pas particulièrement un grand film. La réalisation fait plus penser à un téléfilm et les acteurs sont parfois peu convaincants. Par contre le scénario et l’histoire sont vraiment plutôt bien ficelés et font vite oublier la photo facile et le jeux des acteurs parfois bancal — cela mis à part Jaqueline McKenzie, l’actrice principale, même si elle ne fait pas des étincelles. L’on pourrait se dire, avec le sysnopsis rapide que j’ai fait, que c’est du déjà vu et que cela ne va rien apporter de nouveau. Et pourtant cela fonctionne. Certes les mécanismes sont connus et l’on sait, au moins depuis Sliders, que les mondes parallèles, même si très ressemblant apportent toujours leurs lots de suprises. Oui, je me suis laissé prendre, la tension monte petit à petit et finalement on se fait porter tout en ayant conscience de la qualité toute relative du film. À part un début un peu lent à se mettre en place, il n’y a pas de temps morts ni d’ennui. Si cela avait été un épisode d’une série, il aurait été vraiment bon. Je ne suis pas forcément très objectif ; j’adore les films de voyage dans le temps et de voyage dans des univers parallèles, et il y aurait sûrement beaucoup de critiques à faire ici mais le point central du film est bien ficelé et bien tourné. Jane, en cherchant à contrer le destin, va complètement chambouler sa propre vie ainsi que celle de ses enfants. C’est, selon moi, un bon film à voir. Je ne sais pas si je le reverrai mais j’en garderai de toute façon un bon souvenir. J’essayerai de développer tout cela dans une chronique un peu plus fournie rapidement.

Il est maintenant une heure et demi du matin. Je pense que je vais aller lire ce que raconte Cyrille Borne dans son complément 26 avant de me remplonger dans le Spin de Robert C. Wilson.

(13). — La Saint-Valentin — ou la Journée de l’Amour et de l’Amitié comme on la nomme aussi ici, histoire de ne laisser personne de côté — est je pense un peu plus fêtée au Mexique qu’en France. Moins commerciale, et intégrant le côté namitié, il y a de nombreux évènements qui sont organisés en ce jour. Celui auquel j’ai participé s’est déroulé, comme déjà annoncé les jours précédents, au Colegio Morelos. À deux nous avons présenté dans l’auditorium, face à une foule d’élèves et de leurs enseignants, la ville de Paris en tant que cité de l’amour et ses principaux lieux où les amoureux peuvent se rendre — e.g. le pont des Arts ou Montmartre. S’en est suivi la diffusion de trois vidéos en français réalisées par des groupes d’élèves. Enfin, un petit jeu sous forme de questions réponses à été soumis aux élèves ; ceux répondant bien gagnaient le droit d’avoir leur cadenas accroché sur l’un des ponts de Paris avec une note personnelle. Notre présentation devait durer trente minutes mais nous avons dépassé de quinze. Mon espagnol n’étant pas le meilleur, ma prestation ne fut pas des plus grandiose ; heureusement que ma partenaire était là pour rattraper le coup. Après cela, et nous étant déplacé dans le public, d’autres animations ont pris le relai. La première fût une danse de quelques élèves sur des musiques romantiques. S’en est suivi des courts-métrages sur l’amour et l’amitié. Pour terminer plusieurs quizz ont été organisés, sur le thème des chansons d’amour, des couples de dessins animés célèbres ainsi que des couples réels célèbres — les gagnants repartant avec des donuts ! La dernière animation n’en était pas vraiment une ; il s’est agi de remettre le prix du ou de la meilleure amie de l’année. Une fille, nouvellement arrivée cette année dans l’école, a remporté le cadeau et s’est empressée de faire un discours de remerciements ponctués de nombreux whaou — ce sont des collégiens, je le rappelle. Commencée à 9 heures, la manifestation s’est terminée vers 10 heures 30. Les élèves ont ensuite été invités à manger des tacos al pastor — l’école ayant carrément fait venir un taquero et son matériel dans la cour de récréation. Les cours, après cet encas, ont je crois ensuite repris normalement ; je ne suis pas resté assez longtemps pour m’en assurer.

Je n’ai pas souvenir d’avoir déjà entendu parler d’une telle animation dans une école en France — en tout cas personnellement aucun des établissements que j’ai fréquenté n’en avait organisé. L’ambiance était agréable et les jeux ont vraiment animé les élèves qui, parfois, étaient même complètement survoltés — notamment pour savoir qui gagnait lorsqu’il y avait des ex aequo. Je suis surtout charmé par le fait que les élèves n’étaient pas simplement spectateur du spectacle mais y participaient pleinement et sans retenue. Vraiment ce fut un moment très sympathique.

(12). — « Les rêves, avait dit un jour Diane, sont des métaphores devenues sauvages. » — Robert Charles Wilson, Spin, 2005.

(11). — Journée passée à la maison. J’ai travaillé un peu sur la présentation pour le 14 février au Colegio Morelos dont je parlais vendredi dernier (5.9). Les grandes lignes sont en place mais rien n’est encore vraiment prêt. Peu importe, j’y reviendrai demain. J’ai vu aussi qu’aujourd’hui le site et webzine de science-fiction Futurs Présents s’était doté d’un nouveau nom de domaine et d’un nouveau moteur de blog. Cela ne fait que me motiver plus à me mettre à la rédaction des chroniques que j’ai en vue. À ce propos, j’ai fini cette nuit Le monde inverti de Christopher Priest ; je l’ajoute donc à la liste des revues à faire. Il y a aussi quelques films que je dois voir et qui pourrait intéresser le site. Enfin, en me baladant dans les articles récents, j’ai découvert la série Audible consacrée à X-Files dans un article de Célindanaé ! Je n’en avais même pas entendu parler alors que je suis pourtant le compte Twitter de la série (@thexfiles) ; l’information a du me passer sous le nez j’imagine. Je vais donc m’empresser de récupérer cela et de m’y plonger. Cela me fait d’ailleurs penser qu’il pourrait être sympa d’écrire une chronique sur la dernière saison en cours. À voir. En attendant, ce soir je vais très probablement me poser devant Murder on the Orient Express de Kenneth Branagh sorti l’an dernier. J’ai lu le livre il y a longtemps et je me souviens avoir vu la verion de 1974. En espérant que ce remake soit aussi bon ; mais il y a du beau monde parmi les acteurs, cela devrait donc aller.

(10). — Procrastination aujourd’hui. Je voulais m’atteler à l’écriture des chroniques des romans que j’ai terminé mais je remets cela à plus tard. Les deux seules sorties de la journée ont consisté à aller m’acheter du Coca-Cola Zero à l’OXXO du coin afin de m’aider à me remettre de la sortie d’hier soir, et à aller manger des ailes de poulet sauce mangue-habanero à Alas de Alado sur l’avenue Río Mayo avec les amis en fin de journée — elles étaient excellentes d’ailleurs, soit dit en passant.

Ce soir dans mon lit, j’ai lu un article de Fahrad Manjoo pour le New York Times sur L’avènement de l’Internet visuel prédisant un futur post-texte. Est-ce que les gens ont réellement tendance à moins lire sur la toile et à se diriger plus facilement vers des contenus audios et vidéos ? Peut-être bien. Dans un autre genre, je me mets de côté un papier publié en 2002 par Nick Szabo sur Les origines de la monnaie. L’auteur a l’air de remonter assez loin ; je pense que ça peut être assez intéressant. Enfin j’ai vu cet après-midi que Karl Dubost s’est remis à publier quelques pensées dans ses carnets sur La Grange. Dans l’entrée de ce 3 février il pointe vers une nouvelle du National Geographic mettant en avant la découverte grâce à des scans lasers d’une « megalopolis » maya au milieu de la jungle guatemaltèque. C’est marrant ; quand j’en parle autour de moi ici, cela n’a l’air d’étonner personne. Ils ont une conscience aiguë, que la science commence seulement à comprendre, que les mayas — et les aztèques, mais pas seulement — avaient des cités dans la jungle qui abritaient des millions d’individus. J’ai l’impression que cette vérité est inscrite en eux et s’est transmise à travers les générations, imprégnant totalement leur conscience collective. Cela me rappelle qu’il faut que je lise l’ouvrage de Stéphen Rostain Amazonie : les 12 travaux des civilisations précolombiennes qui, s’appuyant sur les découvertes les plus récentes, cassent tous les mythes et les préjugés que les européens peuvent avoir des peuples précolombiens. Pourtant leurs descendants, eux, n’ont pas oubliés apparemment. Cela me donne envie de revoir The Lost City of Z de James Gray sorti en 2016 et dont il faut que je lise le roman éponyme de David Grann sur lequel il se base.

(9). — Peu de mouvements aujourd’hui. Après m’être levé j’ai passé du temps sur IRC avant de me préparer pour sortir. Je suis allé manger des tacos de cecina à La Princesa sur l’avenue Teopanzolco, juste en face du Colegio Morelos où j’avais fait une intervention l’été passé (3.2). Je vais à nouveau y aller d’ici quelques jours afin de présenter en français une animation autour du 14 février. Je ne sais pas exactement comment cela va se dérouler sinon qu’il faut tenir trente minutes avec support numérique dans l’amphithéâtre de l’école devant un parterre d’élèves, de professeurs et d’administratifs. On verra demain pour le contenu. Je suis ensuite monté quelques rues plus au nord afin de participer à un cours particulier de français à domicile pour deux sœurs de huit et douze ans, je crois. Elles sont motivées et toutes deux très agréables ce qui change, je dois dire, des élèves habituels que l’on peut avoir dans une école. L’heure n’est payé que cent pesos, soit quatre euros trente-cinq environ selon le cours du jours. C’est peu, très peu même, mais il faut bien comprendre que le métier d’enseignant au Mexique n’est pas reconnu. Ce qui est un comble lorsque l’on comprend que l’éducation dans ce pays est primordiale. Mais j’en avais déjà parlé l’été dernier, je ne reviens pas dessus.

Cet après-midi va se terminer tranquillement en aidant à finaliser une candidature pour devenir assistant d’un professeur d’espagnol en France. Cela se présente sous la forme d’une bourse attribuée à un enseignant mexicain pour aller effectuer des cours sur le territoire français. Chaque année un peu plus d’une centaine sont sélectionnés et envoyés pour une durée d’un an selon une convention internationale franco-mexicaine — la concurrence est donc assez rude. La date finale d’envoi des candidatures est le 14 février jusqu’à 11 heures. Nous avons de l’avance, il ne reste plus qu’à uploader le dossier sur le site du gouvernement et remplir quelques champs dans les pages idoines. La réponse pour les premières sélections sera le 25 février. Si cette étape est remplie, un entretien est prévu à la capitale. À ce niveau, et si l’entrevue se passe bien, les autorités mexicaines donnent leur accord au candidat pour continuer. Un nouveau dossier doit alors être envoyé à l’ambassade de France qui fera, à nouveau, une sélection. Finalement le candidat ayant vaillamment franchi toutes les étapes se verra affecté à une région et à un poste en fonction de son classement et de ses choix — notamment concernant la ville et le niveau des classes. Le voyage est pris en charge et un salaire de 800 euros par mois est versé en échange d’une douzaine d’heures de cours par semaine. C’est un véritable parcours du combattant mais cela en vaut vraiment la peine. Enfin, pour le moment, nous n’en sommes qu’au tout début du parcours ; croisons les doigts.

Pour finir cette journée, je pense que je vais mettre de côté mon heure de jogging quotidien et à la place aller boire quelques verres au Mercado Comonfort (5.5). C’est moins bon pour le corps mais c’est certainement un plus pour le moral.

(8). — Il fallait bien que cela arrive. Je ne pouvais pas rester éternellement là, à vivre une vie de patachon — selon l’expression de ma mère. Alors qu’hier je passais à la Universidad Internacional (Uninter) de Cuernavaca, j’ai eu l’occasion de rencontrer une enseignante de français. Il se trouve qu’elle donne aussi des cours à l’Alliance Française et, apprenant que j’y avais moi-même opéré, m’a proposé de lui rendre service en la remplaçant un jour où elle ne serait pas là. Je dois dire que je ne suis pas très enthousiaste pour prendre un travail régulier mais un remplacement ne me rebutte pas. Seulement elle m’a demandé ensuite si elle pouvait transmettre mes coordonnées à la directrice de cette institution. Je vois le truc venir.

Pour les mexicains il est assez inconcevable de ne pas travailler — même pour une courte durée. Si vous n’avez pas d’emploi alors vous ne faîtes rien. Qu’importe si vous avez une activité autre qui ne soit pas de l’ordre du travail ; vraiment, si vous ne travaillez pas alors vous ne faîtes juste rien. Cela vient très certainement de l’absence d’aide sociale dans ce pays. Si vous n’avez pas de travail, vous n’avez pas d’argent et étant donné l’absence de soutien de la collectivité, vous ne pouvez pas vivre. Je crois par surcroît qu’il est assez mal perçu ici de dépendre de quelqu’un d’autre, d’une institution, ou simplement de vivre de quelques petites rentes. Pour cela il y a assez peu de personnes dans la rue qui font la manche. Et si vous le faîtes quand même, alors que vous êtes apparemment bien portant et en forme, personne ne vous donnera. Ainsi, et au pire, si vous n’avez pas de diplôme, pas d’habileté particulière ou si personne ne veut vous embaucher, vous vendez dans la rue. Vous vendez n’importe quoi ; depuis des paquets de chips ou des bonbons, en passant par des sacs poubelles, jusqu’à des boîtes de chewing-gum. Les seules exceptions que j’ai pu observer concerne les personnes agées — et dans ce cas seulement, il n’est pas rare de voir des passants donner quelques pièces.

Cette nécessité de trouver une manière de gagner de l’argent amène des situations assez bizarres pour un européen. Par exemple dans tous les supermarchés à la caisse il y a des personnes qui remplissent les sacs de courses des clients, et il est de bon ton de leur laisser un ou deux pesos en échange. Pareillement si l’on vient à ce même supermarché en voiture et que l’on entend se stationner sur le parking du magasin, une personne viendra faire de grands gestes, généralement complètement inutiles, pour aider à se garer ; idem, en partant, il est de bon ton de lui laisser un ou deux pesos — alors même que, évidemment, le parking est gratuit. On trouve même ce type d’aide dans certaines rues où, bien que les places soient gratuites et publiques, il y a une personne qui va venir réclamer une pièce au prétexte qu’elle vous aura fait deux ou trois gestes de marche arrière.

Comme je le disais plus haut, on trouve donc des tas de gens qui vendent tout et n’importe quoi dans la rue. Celle où j’habite par exemple est littéralement remplie de petits vendeurs au point de gêner le passage. Au pied de mon immeuble se trouve d’ailleurs quotidiennement un monsieur assez âgé qui vend des petits pains exposées sur des cagettes en bois. Être clown dans les bus, laveur de vitre aux feux rouges, remplisseur de sacs de courses, aide pour se garer, vendeur de fruits à pied sur la plage, distributeur à pied de chips et de cigarettes à l’unité auprès des bars de nuit, et tant d’autres choses sont des métiers en soi ici. J’ai même vu des gens vendre des tickets promotionnels pour de la restauration rapide ! Interrogeant mon entourage à ce sujet, on m’a effectivement dit que si l’on donne ici une plaquette offrant, mettons, une pizza gratuite pour une pizza achetée, ou une boisson offerte pour une pizza achetée les gens ne se déplaceront pas pour profiter de l’occasion. Pourquoi ? Simplement parce que dans l’imaginaire collectif, si l’on vous donne quelque chose gratuitement sans vous connaître, c’est qu’il y a une arnaque. Soit que la nourriture n’est vraiment pas bonne — si elle l’était pourquoi la donnerait-on gratuitement ? — ou bien qu’on cherche à vous vendre quelque chose en plus sans vous prévenir — et là vous vous faîtes arnaquer. Aussi, et considérant cela, il y a des entreprises dont la fonction est de récolter les plaquettes promotionnelles auprès des chaînes qui les proposent, d’embaucher du personnel payé à la commission et de l’envoyer dans la rue vendre ces tickets à qui en voudra bien. Et les mexicains les achètent ! Effectivement, vous vous procurez une plaquette de dix tickets pour, disons, cent pesos, et chaque ticket vous donne droit à une pizza gratuite. Vous aurez donc payer une de deux pizzas pour dix pesos au lieu du prix normal de cent cinquante pesos. Et le fait que, tout de même, à l’origine il s’agit d’un plan promotionnel pour mettre en avant la marque et vous amener effectivement à y venir consommer ? Cela passe à la trappe. Et des métiers ou à tout le moins des activités comme celle-là, il y en a des dizaines.

Je m’interrogeais au départ sur la légalité de tout cela — surtout en ce qui concerne les vendeurs à la sauvette. Et je pense avoir compris qu’il y a, au minimum, une tolérance des pouvoirs publics. Et même dans certains cas une reconnaissance de leur part. J’ai vu en effet ces derniers temps par exemple un sigle apparaître sur les cagettes des vendeurs installés dans la rue. En y regardant de plus près je me suis rendu compte qu’il s’agissait de la marque d’un syndicat. Est-ce qu’ils payent une autorisation d’occupation de l’espace public ? Ont-ils seulement eu cette autorisation ? Je n’en sais rien, je n’ai pas encore demandé — et, pour dire la vérité, je me demande même si je pourrais seulement leur poser la question sans leur apparaître agressif.

« À Rome, on fait comme les romains », dit le fameux dicton populaire. Je vais donc très certainement me conformer — même si a minima — et voir ce que peut me proposer l’Alliance Française. Ainsi, si on me pose la question, je pourrais dire que j’ai effectivement une activité, même si non rémunératrice. Et ainsi effacer les regards curieux de mes interlocuteurs quand j’essaye de leur expliquer que mon occupation quotidienne principale consiste à découvrir et à m’enrichir de leur charmant pays.

(7). — Demain marquera la première année d’existence de ce journal. Je me souviens avoir déjà été étonné qu’il puisse durer plusieurs jours sans que j’y renonce (2.9), alors le fait que je continue de l’alimenter après un an me surprend assez. Ceci dit, je pensais qu’au fur et à mesure du temps il serait plus facile d’y écrire semaine après semaine mais je me rends compte que cela constitue toujours un certain effort. Pas un effort immense, certes, mais tout de même. Je me rends compte aussi, et ainsi que je l’ai déjà dit en ouverture de ce présent volume, qu’il n’a pas de finalité particulière ni de but précis. Ce n’est pas tant que cet état de fait me gène mais j’ai envie de remédier à cela. Depuis pratiquement le début je me suis mis à lire d’autres journaux, principalement pour voir comment d’autres personnes utilisaient ce medium et, pourquoi pas, prendre exemple. Ce dimanche d’ailleurs, alors que je parcourais le marché aux livres de la rue Comonfort (5.5), je suis tombé sur le Diario de Bolivia d’Ernesto Che Guevara. De retour à la maison, j’ai cherché à me le procurer en français gratuitement sur internet, mais sans succès. Par contre le site internet Todo sobre el Che en Bolivia en diffuse une transcription complète en espagnol avec une introduction faite par Fidel Castro. Je me suis donc finalement rabattu sur cette option. Je ne lis pas très bien cette langue mais avec un dictionnaire, j’arrive à m’en sortir sans trop de problème — et puis cela me fait un bon exercice dans sa pratique. Je dois dire qu’il est assez intéressant à lire même s’il apparaît évident que c’est surtout un journal de travail, de terrain pourrait-on dire, imprégné du quotidien, ce qui n’a pas empêché ce document d’être classé secret d’État après la mort du Che pendant plusieurs années — il y a d’ailleurs de nombreuses pages dans l’introduction de Carlos Galvarro qui en parle ainsi que de l’implication de la CIA autour de son contenu. Au-delà des informations qu’il recèle ou de l’intérêt historique de la chose, ce qui m’a attiré en tout premier lieu a été le fait qu’il y ait une entrée pour chaque jour, même si parfois il ne s’agit que de quelques mots simplement pour dire qu’il ne se passait rien. Je me dis que cela pourrait être un bon exemple à suivre ; me forcer tous les jours à raconter ou dire quelque chose afin d’en garder une trace, même minime, et quitte à ce que ce soit un peu ennuyeux parfois. De toute façon — je l’ai déjà répété — mon journal n’a pas vocation à être utile à personne d’autre qu’à moi, ni même à être vraiment lu. Entendons-nous bien, il est public donc je serai évidemment ravi de savoir qu’il est effectivement lu par quelqu’un, voir même — soyons fous — qu’il est apprécié. Mais force est de constater que ce n’est pas nécessairement son propos. Pour le dire autrement, disons que je l’écris et le publie pour moi-même avant tout et tant mieux si quelques lecteurs intéressés passent quelques temps à en lire certains passages.

(6). — Aujourd’hui c’est le Jour de la Constitution. Je n’ai cependant vu aucune manifestation particulière dans le centre-ville, ni sur les places, ni ailleurs. La seule chose que je retiens de ce jour est que beaucoup de mexicains ne travaillent pas et que pratiquement tout est fermé sinon les grands centres commerciaux.

(5). — Je suis allé ce matin dans la rue Comonfort donnant sur la cathédrale de Cuernavaca où chaque fin de semaine se tient une sorte de marché aux livres couvert. C’est une petite rue pavée, tranquille et typique du centre-ville historique où l’on trouve cafés en tout genre, ainsi qu’un ou deux restaurants plus ou moins bon marchés. C’est aussi dans cette rue que se cache le Mercado Comonfort, endroit au nom trompeur puisqu’il n’a rien d’un marché. Il s’agit en réalité d’une large place fermée et accessible par une porte dans le style hacienda postcoloniale hornée d’une petite Vierge Marie. À l’intérieur se côtoient de nombreux bars que la jeunesse de Cuernavaca fréquente dès la fin de journée jusque tard dans la nuit ; c’est l’une des places prisées de la ville et qui se trouve être l’un de mes lieux privilégiés de sortie. Je suis donc allé déambuler parmi les rayonnages de livres. Un large choix s’offre aux passants, depuis les classiques des grands philosophes, en passant par la littérature victorienne, les auteurs contemporains occidentaux, sans oublier bien sûr tous les auteurs faisant la force de l’Amérique latine. On trouve donc sans problème dans cette grande libraire à ciel ouvert les ouvrages d’Octavio Paz ou d’Ernesto Sabato, les écrits de Guevara, de Camus, Nietzche, à côté de la nouvelle édition de Ça par Stephen King, du Monde de Sophie de Jostein Gaarder, entre lesquels se trouve le Mein Kampf d’Adolf Hitler et, plus loin, L’Art de la guerre de Sun Tzu, avant de tomber sur des romans de cowboy en vogue dans les années 1960 — j’en passe évidemment beaucoup mais disons qu’il y en a vraiment pour tous les goûts et toutes les envies. Au milieu de tous ces livres se trouvent aussi quelques vendeurs de joaillerie et autres manufactions artisanales. Mais ce qui m’a surtout amusé a été la découverte sur l’un des stands, entre L’Antéchrist de Nietzche et Le Capital de Marx, de trois petites bouteilles de spray renfermant un liquide transparent. Interpellé je m’approche et je fus surpris d’y lire qu’il s’agissait d’eau bénite de San Benito ! Oui, déjà apprendre que l’on pouvait acheter de l’eau bénite en spray m’a grandement surpris mais moins j’avoue que d’en trouver fièrement exposées à la vente entre ces deux auteurs ! À la place du marchand, j’aurai personnellement remplacé le livre de Marx par Dieu et l’État de Bakounine, mais bon Le Capital reste un excellent choix c’est évident.

Je dois maintenant me préparer pour aller assister à l’anniversaire d’un enfant auquel j’ai été convié et se passant dans une maison perdue dans les montagnes boisées au nord de Cuernavaca, non loin du village de Huitzilac. Rétrospectivement, accepter l’invitation n’a peut-être pas été une grande idée, considérant surtout que je me serais mieux vu aujourd’hui passer la fin de journée dans un bar à regarder le Super Bowl LII avec des amis. Cependant, qui sait ? Peut-être qu’une aventure m’attend là-haut ? Mais peut-être pas…

Dans la nuit. — Il faut dire que j’avais clairement sous-estimé les fêtes d’anniversaire d’enfants ici. Pour le résumer (trop) brièvement parce que je suis bien fatigué, nous avons eu droit à un buffet de mets typiquement mexicain, des mariachis, des jeux pour les enfants et les adultes, deux piñatas, deux gâteaux d’anniversaire puis, la journée se terminant et la nuit se découvrant, les bouteilles de tequila et de mezcal (en plus de bières déjà présentes) ont fait leur apparition sur les tables tandis que les enfants étaient occupés à manger tous les bonbons qu’ils avaient gagné. De la musique, beaucoup de musique même, énormément de rires, d’amusements et de joie ; ce fut une fin de journée, une soirée et une nuit qui restera longtemps gravée dans ma mémoire.

(4). — J’ai passé une semaine somme toute assez tranquille. J’ai terminé le Baranger dont je parlais lundi dernier, j’ai commencé et fini en un tant record Des milliards de tapis de cheveux d’Andreas Eschbach — très bon, au passage — et il me reste moins d’un quart du Phare 23 de Hugh Howey à lire. Autrement dit, j’ai trois jolies chroniques à écrire que j’espère soumettre à publication sous peu. À part cela ? Vraiment pas grand chose. Cuernavaca, bien qu’assez cosmopolite, ne m’offre plus vraiment de surprises. Il y a certes de beaux endroits pour sortir et prendre un verre, manger quelque chose, mais rien qui me motive pour le moment à en écrire des pages dans ce journal — mise à part peut-être le Jardín Borda que je n’ai toujours pas visité et qui me laisse espérer quelques histoires intéressantes. J’ai surtout des envies de bouger hors de cette ville ; je pense essayer de monter quelques jours à la capitale d’ici peu. Ainsi donc je me laisse bercer par le train-train quotidien de la vie à Cuernavaca, par mes lectures et par mes séances d’activité physique quotidienne. Autrement dit, je prends le temps et me laisse un peu vivre. Après ces derniers mois en France c’est, je dois dire, tout à fait agréable. J’ai conscience que cela ne peut durer, donc j’en profite autant que je peux. D’ailleurs, je vais déjà laisser là ce journal pour aujourd’hui et sortir m’offrir une glace.

(3). — Je me suis enfin remis à lire sérieusement ! À la fin du Summer Star Wars de l’été dernier, j’avais commencé le Dominium Mundi de François Baranger. L’envie de lire s’étant assoupie, je m’étais arrêté courant septembre au milieu du Livre 2. Le laissant donc de côté, j’avais plus tard entamé Salem de Stephen King sur les conseils d’une amie. Je n’ai complètement terminé ce dernier que la semaine dernière, c’est-à-dire qu’il m’a fallu près trois mois pour aller au bout alors que c’est pourtant un genre de lecture que j’affectionne et que c’est un très bon roman par ailleurs — et puis c’est du King, cela se lit tout seul normalement. Il y a des moments comme ça j’imagine, des passages à vide où la lecture est difficile, pour une raison ou une autre sans que l’on ne se l’explique vraiment. Cette nuit, pourtant, j’ai ouvert de nouveau l’ouvrage de Baranger et l’ai pratiquement dévoré jusqu’au bout. Aujourd’hui, j’ai fini le dernier chapitre et je suis, en ce moment même, en train de lire l’épilogue. J’espère avoir le courage d’en écrire une review et, peut-être, la soumettre au blog collaboratif Futurs Présents. Il y a de nombreuses semaines en effet, j’avais parlé de mon envie d’y publier quelques articles à Xapur (@xapur), qui le gère, et il avait accueilli favorablement l’idée. Je le recontacterai dès que ma review sera écrite ; on verra bien si mes contributions l’intéressent toujours.

La question suivante est de savoir ce que je vais lire ensuite. Alors que je discutais cet après-midi avec Kemenyx sur IRC, elle m’a donné l’adresse de son blog et, le parcourant, je suis tombé sur son article traitant du roman de Dmitry Glukhovsky, Metro 2033. Je ne sais pas trop de quoi cela traite, mais quand j’en avais entendu parler à l’époque de sa sortie en terme favorable, j’avais été intéressé. Je me le suis donc procuré mais je vais attendre avant de me lancer dans cette histoire. En effet, je ne veux pas m’immerger tout de suite dans de longs romans — et cette saga comporte trois tomes. Je vais donc fouiller ma pile à lire et y piocher des romans courts qui me remettront doucement mais sûrement dans le bain à la fois de la lecture et, pourquoi pas, de la publication de review.

À propos d’écriture justement, et alors que je me remets tranquillement à ce journal, il me trotte une idée dans la tête depuis quelques temps. Il y a moment déjà, j’avais entendu parler du Projet Bradbury qui consiste à écrire cinquante-deux nouvelles en cinquante-deux semaines. L’idée est d’ailleurs très bien expliquée par Neil Jomunsi sur son blog page42. Comme l’explique M. Jomunsi, c’est un peu un anti-Nanowrimo au sens où il ne s’agit pas de faire une course aux plus de mots écrits en un mois mais bien de s’inscrire dans une régularité. Dans son bilan, il évoque le fait qu’il avait un objectif de quarante à cinquante mille signes par nouvelles. Ayant l’habitude de parler en mots plutôt qu’en signes je ne me rends pas réellement compte de la longueur que cela peut avoir. Dans tous les cas, si je devais me lancer dans un tel projet, je ne pense pas me fixer un tel quota à atteindre. Alors que j’en discutais aujourd’hui avec IMG sur IRC — et qu’elle m’insitait sans vergogne à me lancer dans ce défi — elle me parla de toute la richesse que cela lui a apporté, à la fois d’un point de vue de l’écriture bien sûr mais aussi sur un plan plus personnel, comme l’a d’ailleurs fait remarquer M. Jomunsi lui-même dans son bilan. Elle a terminé son Projet Bradbury en décembre dernier et en est très contente et très fière — et il y a de quoi ! Il se trouve que Kemenyx s’est aussi lancée dans l’aventure et en est à sa neuvienne semaine si je ne m’abuse.

Ce défi m’intéresse, c’est certain. Oh, je doute d’écrire quoi que ce soit d’intéressant qui mérite lecture, non. Mais cela me captive malgré tout d’un point de vue purement personnel. Peut-être y trouverais-je le moyen de développer, pour moi et dans mon coin, certaines des idées qui me trottent dans la tête. Par contre, en ce qui me concerne, le point noir est certainement d’effectuer ce défi sur une année entière. Autant je sais que ces prochains mois, je vais avoir à peu près le temps qu’il faut à y consacrer, autant dès que les mois d’été arriveront, il en ira autrement. Sans parler qu’en septembre, je suis susceptible de me retrouver dans d’autres sphères qui m’auront éloigné d’un tel projet. Ainsi je me dis que je pourrais adapter quelque peu le défi à mes contraintes personnelles. Peut-être en essayant d’écrire cinquante-deux textes en six mois au lieu d’un an ? Et aussi en n’écrivant pas que des nouvelles (voir pas du tout ?) mais peut-être de courts essais ? Je ne sais pas vraiment. Disons que l’idée est là, l’envie aussi mais qu’il me manque encore une conviction tangible de ce que j’ai envie de réaliser de ce point de vue. Je pense laisser tout cela mûrir encore quelques temps et attendre de voir si quelque chose de concret en sort.

Enfin pour le moment, je vais déjà finir de lire le Livre 2 du Dominium Mundi.

(2). — J’ai vu il y a trois jours, je crois, le dernier film de Darren Aronofsky, mother!, sortie à la fin de l’an dernier. D’après ce que j’ai lu ensuite, il y a autant de bonnes critiques que de mauvaises. Personnellement j’ai été énormément intéressé et touché. C’est une très belle allégorie avec sa dose de violence qui mène parfois à l’insupportable — quand on comprend finalement la source d’inspiration, cela prend évidemment tout son sens. Le film est très bien mené, la photo est belle, le jeu des acteurs sans fautes, et le message, même s’il manque d’une certaine fraîcheur, est bien sûr prenant pour qui se sent attaché, de près ou de loin, à la protection de notre planète et les impacts néfastes que nous y avons.

En lisant ici ou là quelques articles pour comprendre mieux certains points obscurs du film, j’ai appris qu’il y avait selon certains une référence à un court texte de Charlotte Perkins Gilman publié en 1892 intitulé Le papier peint jaune. Il s’agit des notes d’un journal d’une femme souffrant apparemment de dépression et maintenue enfermée pour son bien par son mari médecin. D’ennui, elle rédige donc son journal, en cachette, et l’on y découvre son obsession pour le papier peint jaune de sa chambre, qu’elle déteste. Intrigué par ce résumé, je me suis empressé de lire le texte (que l’on peut retrouver ici en version complète). C’est une lecture très rapide, très prenante, qui m’a rappelé par certains traits à la fois Le journal d’un fou de Nikolai Gogol, La métamorphose de Franz Kafka, ainsi que Le journal d’une schizophrène de Marie-Anne Sechehaye (d’ailleurs, apparemment, il existe une adaptation cinématographique de ce dernier, il faudra que je le vois). C’est un classique dont je n’avais même jamais entendu parlé et, définitivement, c’est vraiment une lecture que je recommande.

(1). — Cuernavaca, Morelos, Mexique. — Cela fait environ un mois que je suis arrivé au Mexique. Je n’ai rien écrit dans ce journal depuis lors, ni ne l’ai même simplement ouvert. J’ai néanmoins publié quelques petites choses, ailleurs, sur les réseaux sociaux modernes — Twitter, un peu, Instagram, surtout. Je ne suis pas un grand fan de ces moyens de communication. Sur Twitter, je me sens noyé dans la masse ; je vois mal mes publications se mettre aux côtés des nouvelles locales et internationales de journaux que je suis, ni des mots fins que peuvent écrire les gens érudits et très actifs dans leurs domaines respectifs qui peuplent mon fil d’actualité. Instagram est un peu différent car j’y ai surtout mes amis et une partie de ma famille. Je suis les moments qu’ils partagent de leur vie et eux les miens ; je m’y retrouve donc plus. Mais pourtant, sur les deux, j’y ressens une assez grande frustration. C’est dû au format je crois. Je pense donc que je vais délaisser mon envie d’utilisation active de Twitter ; je garderai simplement le compte pour suivre les actualités. Quant à Instagram, je vais voir où cela me mène.

Je reviens donc à mon petit journal que j’écris dans mon coin sans que personne ne le lise vraiment. Je pense que cela me convient mieux. Je dois dire que cela m’avait même manqué, un peu. Si l’on met de côté le volume 1 que je ne publierai probablement jamais, il va bientôt fêter sa première année. C’est peu mais au départ je n’aurai jamais cru qu’il durerai aussi longtemps. Je ne sais toujours pas quelle direction il devrait prendre et je me rends compte qu’il n’a toujours pas de thème bien défini, ni de buts particuliers ; mais doit-il nécessairement en avoir ? Après tout, c’est mon journal et le fait qu’il soit public n’y change finalement pas grand chose. Comme pour Instagram, je verrai bien où cela me mène. En attendant, je dois aller changer de l’argent et faire quelques courses au Bodega Aurrerá à deux rues d’ici si je veux manger quelque chose aujourd’hui.